... Et le passé militaire de nos parents et grands parents

Par Girondine

En Gironde, on peut consulter les fiches relatives aux classes 1876 et suivantes. (Certains départements possèdent des fiches antérieures à cette année). Les jeunes gens de la classe 1876 étaient nés en 1856.
Les fiches matricules ne concernent donc pas que ceux qui ont participé à la guerre de 1914. Elles ont été établies pour tous les hommes de plus de 20 ans (sauf exceptions).

Qu’est-ce qu’une « fiche matricule » ?
C’est une feuille qui regroupe toutes les informations recueillies concernant un homme depuis son recensement jusqu’à la fin de ses obligations militaires (une période qui peut durer de 20 à 28 ans). Elle peut être très riche d’informations.
Les fiches sont regroupées dans un « registre matricule » accessible à partir d’une « table alphabétique ».

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Louis Lalanne
matricule 2642 classe 1900


Ces documents sont conservés dans les Archives départementales. Depuis quelques mois ces documents ont été en partie mis en ligne.
Carte de France des registres matricules en ligne : http://geneinfos.typepad.fr/geneinfos/la-carte-de-france-des-registres-matricules-en-ligne.html

Lien vers les registres matricules aux Archives départementales de Gironde.

Cet article est composé de 4 chapitres qui peuvent être téléchargés séparément.

  1. Le contenu d’une fiche matricule (Télécharger la fiche)
  2. Trouver une fiche matricule aux AD 33 (Télécharger la fiche)
  3. Le conscrit et les obligations militaires (Télécharger la fiche)
  4. Informations diverses (Télécharger la fiche)

 1 - Le contenu d'une fiche matricule
Fiche n°1 - Télécharger cette fiche (Pdf)

 

Quelles informations sont portées sur les fiches ?

La présentation des fiches a légèrement varié au fil du temps. Cependant sous une forme ou une autre, elles reprennent à peu près les mêmes informations.

Partie gauche :

Nom, Prénom
Etat civil - Filiation
Profession et adresse.


Canton du conscrit, numéro de tirage et décision du conseil de révision : « propre au service », « fils de veuve », « engagé volontaire », etc. Jusqu’en 1905 (date de la fin du tirage au sort) un temps variable de service selon qu’ils avaient tiré un « bon » ou un « mauvais » numéro.


Détail des services dans les différents temps des obligations militaires (armée active, armée de réserve, armée territoriale, réserve de l’armée territoriale).

Condamnations et antécédents judiciaires.

Campagnes et décorations.

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Partie droite :

Le numéro matricule du conscrit.

 

Sa classe de mobilisation – elle peut être différente de celle de sa « classe » (année de naissance + 20).
Son signalement.
Son degré d’instruction.

 

 

Ses corps d’affectation.

 

 

 

 

Ses adresses successives jusqu’à la fin de ses obligations militaires.


2 - Comment trouver une fiche matricule aux AD 33 ?
Fiche n°2 - Télécharger cette fiche (Pdf)

 

Avant toute démarche, il importe de connaître :

  • L’année de naissance de l’homme recherché. Elle indique la classe de recrutement. Il convient d’ajouter à l’année de naissance le nombre 20.
    Par exemple un homme né en 1885 appartiendra à la classe 1905.
  • Le lieu du domicile à 20 ans. Ce n’est pas toujours celui de sa naissance. Il déterminera le lieu de recrutement.

Déterminer le bureau de recrutement à partir du domicile du lieu de recrutement à 20 ans. Le nombre des bureaux de recrutement est variable selon les départements.
En Gironde, il y en a deux : Bordeaux et Libourne.
Dépendent du bureau de Bordeaux : Bordeaux-ville et les arrondissements de Bordeaux, Bazas et Lesparre.
Dépendent du bureau de Libourne : Les arrondissements de Libourne, Blaye La Réole.

Important ! les recensements des communes sont regroupés par cantons. Ceux-ci dépendent d’un arrondissement. Un bureau de recrutement regroupe plusieurs arrondissements

 

Pour trouver le canton, l’arrondissement et le bureau de recrutement dont dépend l’appelé vous pouvez télécharger et consulter le Fichier des communes et cantons de Gironde (Pdf).

Déterminer le numéro matricule : il y a plusieurs pistes.

Le militaire a été déclaré « mort pour la France » pendant la première guerre mondiale. On peut trouver son nom sur le site « Mémoires des hommes » :
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
et consulter sa fiche individuelle.
Sur cette fiche, est porté le numéro matricule.

N° matricule

N° au Corps classe

N° matricule au recrutement de (Bureau de recrutement)

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Exemple : Cette recrue de la classe 1909 porte le numéro matricule 327. C’est ce numéro qu’il faudra rechercher.

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Le militaire n’est pas « mort pour la France », son livret militaire qui pouvait indiquer le numéro matricule est perdu. Il est possible de se diriger le site des AD 33 - rubrique : Registres matricules et recensements militaires.

C’est la consultation d’une table alphabétique numérisée sur le site AD 33 qui permettra de trouver le numéro matricule de la personne recherchée.
Auparavant, on a déterminé le nom, la classe et le bureau de recrutement.

Un exemple : recherche de Casala de la classe 1909. Bureau de recrutement : Bordeaux.

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Présentation du tableau de la classe 1909 visible sur le site Internet des AD33.

 

Cliquer sur "Tables".

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Registre alphabétique classe 1909 Ouvrir le registre et repérer le nom recherché (Casala) et relever le numéro matricule découvert : 679.

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Il convient de trouver maintenant le registre qui contient le numéro matricule 679 de la classe 1909.
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Cliquer sur le bouton correspondant au numéro matricule. Ex N°679 qui donne accès au registre ci-dessous.

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Rechercher la fiche 679 de Casala dans le registre.

Fiche de Casala ci-contre.

 

! Ne sont pas consultables dans l’immédiat sur Internet et en salle de lecture les fiches des classes de 1891 à 1907 du bureau de recrutement de Bordeaux.
Les registres alphabétiques du recrutement de Libourne sont consultables sur internet. Les fiches sont consultables sur papier (provisoirement) en salle.

3 - Le conscrit et les obligations militaires
Fiche n°3 - Télécharger cette fiche (Pdf)

 

Des modalités variables selon les lois en vigueur

Le tirage au sort : il a été pratiqué jusqu’en 1905
Jusqu’en 1872, il y avait possibilité de payer un remplaçant lorsque le jeune homme « était tombé au sort ».

La loi Cissey (1872) a modifié ces dispositions. Il n’était plus possible de se faire remplacer. Le tirage au sort, maintenu, déterminait les « bons numéros » et les « mauvais numéros ». Les « mauvais numéros » étaient incorporés pour cinq ans et les autres pour un an seulement.

! Il y avait des possibilités d’exemption et de dispense.

Exemption

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Les infirmités du jeune homme le rendaient impropre à tout service actif ou auxiliaire dans l’armée. Le conseil de révision - c’était lui qui était compétent - pouvait ajourner sa décision pour deux ans.
Pendant la guerre de 14, les motifs et les cas d’exemption ont été revus. Certains jeunes gens jusque là exemptés ont été versés dans les services auxiliaires, mis à la disposition des usines travaillant pour la guerre ou même parfois envoyés au front.
Une mention sur les registres matricules est portée en regard du nom de l’appelé :

  • « exempté » sans numéro. Le jeune homme n’est pas parti.
  • « exempté » avec un numéro. La consultation de la fiche permettra d’en savoir plus.

Pour connaître les motifs de l’exemption passagère ou définitive, il convient de consulter le registre des conseils de révision. Il n’y a qu’un seul registre par année et par département.
Remarque : on peut trouver des décisions relatives à une classe donnée dans une année postérieure.

Dispense

La loi Cissey (1872) a multiplié les dispenses

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Dispense de droit

  • Aîné d’orphelins de père et mère
  • Fils unique de veuve, père aveugle ou septuagénaire
  • Frère dans l’armée active
  • Frère réformé pour raison de service
  • Elève de l’Ecole polytechnique considéré comme présent sous les drapeaux ainsi que celui de l’Ecole forestière

Dispense à titre conditionnel

  • Membre de l’Instruction publique et élève de l’Ecole normale supérieure
  • Professeur des institutions de sourds-muets ou d’aveugles
  • Elève pensionnaire de l’Ecole des langues orientales ou de l’Ecole des Chartes
  • Membres et novices des associations religieuses vouées à l’enseignement
  • Ecclésiastique ou jeune autorisé à continuer ses études pour se vouer au ministère des cultes salariés de l’Etat (pour bénéficier de cette dispense, le jeune homme doit être entré dans les ordres majeurs à 26 ans ou avoir reçu la consécration)
  • Artiste qui a remporté des grands prix de l’Institut à condition qu’il passe à l’Ecole de Rome le temps réglementaire
  • Jeune homme lié au service de l’armée en vertu d’un brevet et qui cesse son service

Certains de ces jeunes gens devaient signer avant le tirage un engagement de servir dans l’enseignement pendant 10 ans.
Il convient de noter que tous ces hommes étaient astreints à certains exercices.

Dispense à titre provisoire :
Elle concernait des jeunes gens « soutiens de famille » désignés par le conseil municipal de la commune dont ils dépendaient. La liste était examinée par le conseil d révision et l’accord se faisait en fonction d’un certain pourcentage.
Les enfants naturels, reconnus ou non ne pouvaient bénéficier de la dispense.

La loi Freycinet en 1889 a repris les motifs de dispense. Elle ajoutait pour le jeune homme qui exerçait un métier d’art la possibilité de bénéficier d’un tel avantage. Les professions concernées étaient très variées (horlogers, menuisiers, dessinateurs, bijoutiers, etc.). On peut consulter des listes nominatives aux AD 33 (1 R 196).
Par contre :

  • Tous les dispensés devaient effectuer une année de service militaire. On a parlé des « curés sacs au dos »
  • Ils étaient astreints à payer une taxe militaire en rapport avec leurs ressources
    Soutien de famille : l’enfant naturel reconnu par son père ou sa mère pouvait bénéficier de la dispense comme « soutien de famille » après un an de service.
! Loi de 1905 : elle a supprimé tous les motifs de dispense.

 

Engagement volontaire

Loi de 1872 : engagement de 5 ans
Les conditions :

  • Avoir 18 ans pour l’armée de terre (armée de mer possibilité de s’engager à 16 ans – il doit avoir la taille réglementaire à 18 ans)
  • Savoir lire et écrire
  • Jouir de ses droits civils
  • N’être ni marié, ni veuf avec enfant
  • Etre de bonne vie et mœurs

Loi de 1889 : engagement pour 3, 4 ou 5 ans.
L’engagé volontaire pouvait choisir son arme (marine, troupes coloniales, infanterie, cavalerie, etc.)
Les exigences étaient assez similaires à celles définies par la loi de 1872.
Un ajout : l’engagé ne devait pas avoir été condamné (il leur était cependant donné la possibilité de s’engager dans un bataillon d’infanterie légère d’Afrique).

Durée des obligations militaires

Loi de 1872 : tout français qui n’était pas déclaré impropre au service militaire devait faire :

  • 5 ans dans l’armée active
  • 4 ans dans la réserve de l’armée active
  • 5 ans dans l’armée territoriale
  • 6 ans dans la réserve de l’armée territoriale

La loi de 1889 a décidé que tout homme valide était soldat de 20 à 45 ans dont :

  • 3 ans dans l’armée active
  • 7 ans dans la réserve de l’armée active
  • 6 ans dans l’armée territoriale
  • 9 ans dans la réserve de l’armée territoriale

Loi de 1905 : le service a une durée de 25 années

  • 2 ans dans l’armée active
  • 11 ans dans la réserve de l’armée active
  • 6 ans dans l’armée territoriale
  • 6 ans dans la réserve de l’armée territoriale

Loi de 1913 : le service a une durée de 28 ans.

 

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4 - Informations diverses
Fiche n°4 - Télécharger cette fiche (Pdf)


Service auxiliaire
Créé par la loi de 1889, il s’appliquait à tout service sédentaire ou de garnison qui pouvait être fait dans les corps ou établissement militaires (arsenaux, ateliers, magasins, etc.) par des hommes ayant des infirmités ou autres déformations incompatibles avec le service actif de campagne. En cas de guerre, il pouvait compléter le personnel nécessaire à certains services ou être mis à la disposition de l’industrie privée pour des travaux relatifs à l’armée.

Des hommes affectés à des établissements publics ou privés travaillant pour la défense nationale.
Une application de la Loi Dalbiez : août 1915
Art 6 : il permettait d’affecter certains hommes qualifiés à des établissements travaillant pour la défense nationale. Aussi on peut noter sur certaines fiches l’affectation de certains techniciens ou ouvriers qualifiés dans des usines de Gironde (Poudrerie de Saint Médard, usine Carde, etc.).

Condamnations
On peut s’étonner de trouver dans les fiches matricules mention de condamnations dont les motifs apparaissent très éloignés des préoccupations liées à l’état militaire. L’armée se souciait en effet de n’incorporer dans l’armée que des hommes qui n’avaient pas été condamnés à de lourdes peines ou privés de leurs droits civiques. Aussi était-elle informée de tous les délits (sauf quelques exceptions comme les petites amendes ou les infractions à la vie forestière). La nature des délits et les peines encourues étaient portées sur les fiches.

Instruction : un chiffre précisait le niveau d’instruction du conscrit

0 : ne sait ni lire, ni écrire
1 : sait lire
2 : sait lire et écrire
3 : instruction primaire
4 : a obtenu le brevet de l’enseignement primaire
5 : bachelier, licencié ou autre

Abréviations usuelles

RD : réformé définitif
P  : pensionné
PP : pension permanente
PT : pension temporaire
RI : régiment d’infanterie
EO : éclat d’obus
PD : pensionné définitif
BDG : blessure de guerre
CR : commission de réforme
DTOM : dégagé de toute obligation militaire
Cité à % du regt : cité à l’ordre du régiment

N’hésitez pas à nous contacter si une information vous semble inexacte. La fiche sera modifiée.
Tout apport complémentaire ou suggestions seront les bienvenus.

Contact : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

(*) Avec l'aimable autorisation des Archives départementales de Gironde.


(Article original rédigé 04/2013, actualisé 11/2014)