A Bordeaux, il y a deux cents ans, une journée mémorable.

Par Girondine

« On s’embrassait de joie. On disait aux enfants « Désormais, vous nous resterez ». On faisait des cocardes blanches avec du papier ; on en faisait en déchirant son mouchoir. C’était une rage ; tout le monde se vouait au blanc et l’enthousiasme était indescriptible. Le haut commerce, le petit commerce, la bourgeoisie et le peuple, les marchands et les ouvriers, les grandes dames et les bonnes bourgeoises, tout était pêle-mêle, tout était confondu. On acclamait, on poussait M. Lynch... alors maire de Bordeaux qui s’avançait à cheval, les clefs de la ville sur un plateau… ».
M.F. Combes

 
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Duc d'Angoulême

M. Lynch allait au-devant du duc d’Angoulême.

C’était il y a deux cents ans, le 12 mars 1814. Ce jour-là, le tout-Bordeaux royaliste acclamait le duc d’Angoulême, prélude au retour du roi et à une paix possible. Les anglais, aux portes de la ville, avaient reçu un accueil bienveillant.
La France était alors envahie. Les coalisés qui avaient pris pied sur le sol français se dirigeaient vers Paris. En Italie et en Espagne, les revers se multipliaient.
Le pays, dont les bordelais, était las des guerres continuelles depuis vingt deux ans. Les modalités de la conscription en particulier étaient mal vécues. Le nombre des réfractaires allait en grandissant.
« Depuis deux ans, on moissonne les hommes trois fois l’année. Une guerre barbare et sans but engloutit périodiquement une jeunesse arrachée à l’éducation, l’agriculture, au commerce et aux arts. Il est temps que les nations respirent ; il est temps que les puissances cessent de s’entrechoquer et de se déchirer les entrailles ; il est temps que les trônes s’affermissent et que l’on cesse de reprocher à la France de vouloir porter dans tout le monde entier les torches révolutionnaires » Lainé
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Lainé

 

Bordeaux, ville prospère au XVIII ème siècle avait souffert des troubles. Sa population avait considérablement diminué. Le vin de se vendait plus ou mal. Les faillites entrainaient un chômage endémique. Tout le monde aspirait à la paix. Dans un tel état d’esprit, tout changement de gouvernement susceptible d’apporter une reprise des opérations commerciales aurait été le bienvenu.
C’est dans ce contexte que les royalistes travaillaient en secret depuis de nombreuses années pour préparer un retour de la royauté. Ils pensaient avoir des chances de réussite.
Le soutien de l’anglais Wellington qui commandait ses troupes dans le Sud-ouest leur été acquis.
Dans la crainte d’une approche des anglais, Début mars, on craignait l’approches des anglais.
Aussi la Préfecture et la Sous-préfecture furent-elles évacuées à Libourne et à Créon. Quant à la Cour d’appel, elle s’est déplacée à Périgueux et le Commandement de la marine à Blaye. Le 11 mars, c’était la garnison qui passait sur la rive droite. Panique. Des milliers de personnes ont évacué la ville.
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Lynch

 

Le champ était libre pour les soutiens de la Royauté.Aussi, le 12 mars, le maire Lynch pouvait-il aller, lui-même, au-devant du duc d’Angoulême, accueilli triomphalement.
Les troupes anglo-portugaises entraient dans BordeauxLa suite ?
Lainé a été nommé préfet de Gironde.
La guerre dans le Sud-Ouest n’était pas terminée. Les hostilités franco-anglaises ont continué quelques mois sur le sol girondin.
Le 4 avril a marqué la déchéance de Napoléon.
Dès le 23 avril commençait l’évacuation des troupes du territoire français.
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Wellington

Pour en savoir plus

  • Dufourg (Robert), Le 12 mars 1814 à Bordeaux, La Rochelle, Ed Rupella, 1931 (consultable aux Archives municipales de Bordeaux – cote BIB 9 E 90).
  • Combes (M.F.), Bordeaux le 12 mars 1814, Actes de l’Académie de Bordeaux, 1889.
  • Barennes (Jean), Le 12 mars 1814 à Bordeaux d’après les souvenirs de Ferrère, Bordeaux, Ed Mounastier-Picamilh, 1915

(03/2014)