Par D.Salmon Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Aux XVIII° et XIX° siècles les armateurs bordelais réalisent d'énormes fortunes avec le commerce triangulaire. Mais l'affrètement de navires n'est pas une opération sans risques. Quelquefois les malheureux noirs se révoltent. Et parfois c'est l'équipage lui-même qui se mutine.
Tel est le cauchemar qui a agité le " Petit Ciron ", navire négrier parti de Bordeaux.

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En octobre 1825, le navire " Le Petit Ciron" (ou "petit Cérons") vogue vers Porto Rico. Sur les côtes africaines, quatre cent quatre-vingt-dix esclaves ont été ramassés avant d'être entassés dans les soutes. Profitant des escales, des matelots ont déserté. Il a fallu d'urgence renforcer l'équipage par des marins étrangers, sans être très regardant sur le recrutement.

Pendant le voyage, un pot de confit est volé. Ce larcin entraine la colère du capitaine Métayer qui supprime les rations d'eau de vie. Il signe son arrêt de mort.

Deux hommes sur le pont se serrent la main en signe d'alliance. Ce sont les meneurs : Jean Sirbe, un portugais de 24 ans, et son complice Hamont, le cuisinier. Sirbe égorge le capitaine dans sa chambre. Hamont assassine le subrécargue (1) Garnier-Rives. Les mutins prennent la commande du bateau et exécutent froidement le second Dufoure, le lieutenant Bossuet, un matelot et un novice (2). Les cadavres sont jetés à la mer. Le sang est nettoyé. Un vieux matelot est épargné à condition de mener le navire à bon port. Le voyage infernal dure trente jours (3).

Arrivé à Mayaquez, Sirbe tente de négocier les esclaves. Le complot est découvert. Les conjurés abandonnent le navire et prennent le nom et les habits de leurs victimes. Trois d'entre eux, dont Hamont, sont arrêtés et transférés à la Martinique où ils sont jugés et pendus. Sirbe échappe aux recherches et navigue, impuni, pendant deux ans, sur un petit bateau. Il arrive à Bordeaux sous un faux nom. Là, "ses traits horribles le font reconnaitre " (4) par un des matelots. Il est arrêté et jugé le 15 décembre 1827. Des marins retrouvés sont cités. Ils reconnaissent, avoir sous la menace d'un pistolet sur la gorge, participé à la mutinerie. Sirbe est condamné à mort. Son pourvoi est rejeté le 21 janvier. A l'interprète Alvarez de Leon il répond " il n'y a pas de Dieu, et que même s'il y en avait un, je m'en fous ".

La veille d'aller au supplice il innocente certains de ses complices. Il reconnait avoir été le meneur. Il précise qu'un matelot : Michel Lepeutois, condamné par la cour de la Martinique au bannissement, n'a fait que le suivre.

Le 28 février 1828, à deux heures quinze de relevée (5), Sirbe arrive place d'Aquitaine, précédé de la gendarmerie et d'un détachement du 48°. Il est assisté par l'abbé Ripoll, ancien curé de Talence, qui comprend le portugais. Il adresse en vain quelques mots au peuple avant d'être basculé. Il meurt avec courage à deux heures dix-huit de l'après-midi.

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1. Le subrécargue représente sur le bateau les intérêts de l'affréteur.
2. Selon une autre version il y aurait eu 13 victimes.
3. Le courrier des tribunaux. Le Figaro. 1827.
4. Archives départementales. 2 U 855
5. C'est-à-dire de l'après-midi. A partir de 1832 les exécutions auront lieu au petit matin.


(03/2014)