Par Daniel Salmon Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Jeanne Constantin, veuve Viéla, est née à Villenave-d'Ornon en 1818. En 1857, elle est couturière.

Sa voisine, Marie Gazon, veuve Laporte possède un superbe domaine à Pont de la Maye. Sous prétexte de visiter la propriété, elle l'étrangle, le 18 juillet 1857, à Cadaujac, dans un pré isolé, avec un mouchoir roulé en corde. De retour à Bordeaux, Jeanne Viéla pille la maison de sa victime.

Elle conçoit alors une machination diabolique. Elle part avec une nommée Jenny Seriac à Marseille, la loge dans son ancien appartement, pour éveiller les soupçons sur elle.

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Puis elle s'enfuit à Messine, en Sicile, où elle vit en concubinage avec Dominique Penne, un matelot. Le scandale éclate dans la ville, ce qui l'oblige à revenir à Marseille. De là elle écrit au curé de Villenave d'Ornon, pour obtenir un extrait de baptême, afin de pouvoir se marier. L'honnête ecclésiastique informe la justice, et le jour même, Jeanne Viéla est arrêtée à Marseille. Elle est ramenée à Bordeaux, entre deux gendarmes. Mais aux environs du Port-Sainte-Marie (Lot et Garonne), elle s'échappe en sautant du train en marche. Elle trouve, dans la campagne, de quoi s'habiller comme une paysanne locale. Elle est néanmoins reconnue. Jeanne Viéla est arrêtée de nouveau et conduite enfin à Bordeaux pour y être jugée. Elle est condamnée à mort le 7 septembre 1858.

Elle attend en prison la grâce impériale, surveillée par des sœurs. Le 23 octobre 1858, à quatre heures et demie, le greffier de la Cour d'assises la réveille pour lui lire l'arrêt. Elle est très en colère et s'écrie : " Pourquoi ne m'a-t-on pas prévenue hier ? Tout le monde s'entendait donc pour m'abuser ? " (1) Elle se met à trembler. Elle tremble encore davantage quand l'exécuteur procède à sa toilette. Elle ne se calme qu'en présence de l'abbé Nolibois, l'aumônier des prisons. Les autorités ont affirmé plus tard qu'elle avait entendu la messe avec recueillement. Un piquet de lanciers et les gardes municipaux, ayant à leur tête le commissaire central, l'escortent vers l'échafaud. L'exécuteur, craignant qu'elle résiste, l'attache solidement avec des courroies.

La foule, est plus dispersée que celle qui avait assisté, le 26 juillet 1858, aux exécutions de Desbat et Bonnecarrère. Ils sont cependant encore nombreux ceux qui, pour voir la bête curieuse, ont stationné toute la nuit, sur la place Saint-Julien (2) ou sur le parcours de la sinistre charrette.

Jeanne Viéla, soutenue par l'abbé Nolibois, monte courageusement les marches. Arrivée sur l'échafaud, elle s'agenouille, prie, embrasse le confesseur, puis tombe entre les mains des exécuteurs.

" Quelques secondes après, un cri lugubre de la foule annonçait que la société était vengée". (1)

Elle meurt à six heures trente du matin (3). Jeanne Viéla est la dernière femme exécutée en public à Bordeaux.

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(1) Journal de Toulouse octobre 1858
(2) Place de la Victoire aujourd'hui
(3) Archives départementales. Côte 2 U 870


(09/2014)