Monique Lambert

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Deux feuillets manuscrits soigneusement classés au milieu de dossiers qui concernaient les sociétés de secours Mutuels. Il s’agissait de règlements, rédigés en 1839,  qui fixaient le montant des amendes encourues par des compagnons bourreliers pour manquements aux règles de vie de leur société. Le contenu des feuillets ne manque pas d’intérêt, mais on peut aller plus avant. Essayons d’autres perspectives.

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A Bordeaux  une maison des compagnons du Tour de France

Vieilletourbourreliers02

 

Le manuscrit mentionne une adresse : le  n° 10 de la rue de la Vieille Tour.  Une maison  bien connue des compagnons du Tour de France. Ils savaient y trouver là le couvert – une table  et le gîte - un lit à partager avec un autre compagnon, comme de coutume.
Les archives municipales de Bordeaux offrent la possibilité d’en savoir plus à travers les bribes de recensements. Celui de 1836 informe que la maison était tenue par deux frères, d’une cinquantaine d’années, Jean et Guillaume Lesbats, secondés par leurs femmes Isabelle et Hélène. Qui était le Père et qui était la Mère ? Difficile de le savoir. Ils veillaient sur douze pensionnaires, âgés de 18 à 22 ans, ferblantiers, serruriers, menuisiers, couteliers et le doyen, un menuisier de 44 ans. Il n’y a pas trace de bourreliers.

Sur le site cahiers d’archives, on peut lire un article qui présente d’autres lieux d’accueil des compagnons.
 http://www.cahiersdarchives.fr/index.php/22-publications/metiers/81-corporations-retrouver-les-adresses-des-peres-et-meres-des-compagnons


Un échafaudage


Les bordelais connaissaient de la rue de la Vieille Tour son échafaudage persistant depuis des années et qui semblait être là pour l’éternité .. jusqu’en cette fin d’année 2015 où les curieux présents dans le quartier ont pu assister à l’enlèvement progressif des matériaux et retrouver les immeubles dissimulés depuis si longtemps. Un projet d’aménagement est en cours. Permettra-t-il de retrouver quelque chose de la maison des compagnons ?
Vieilletourbourreliers03


Merci à Sud Ouest de nous offrir le spectacle de la suppressoin de l’échafaudage
http://www.sudouest.fr/2015/12/23/bordeaux-le-timelapse-de-la-suppression-de-l-echafaudage-de-la-vieille-tour-2225964-2780.php


Un siège social pour une société de Secours Mutuels

Vieilletourbourreliers04 Il est probable qu’en ce milieu du XIXème siècle, l’établissement tenu par Lesbats devait tenir lieu de siège social pour les compagnons qui souhaitaient constituer une société. Les documents  qui nous intéressent ont été trouvés sous la cote 4 X 82  qui regroupe des pièces relatives aux Sociétés de Secours Mutuels, actives parfois jusqu’à la création de la Sécurité Sociale

 


.
Des compagnons bourreliers étaient concernés. Sans doute avaient-ils rédigé des statuts dont nous n‘avons pas la teneur. Seuls subsistent deux feuillets.

Les bourreliers

Rappelons que le bourrelier fabriquait, vendait et réparait les harnais et sellerie des chevaux. Il équipait les bêtes de somme. Il intervenait également dans ce qui constituait l’intérieur des calèches, carrosses
Origine du nom : la « bourre » dont le dictionnaire de l’Académie donne la définition suivante : « Amas de poils détachés de la peau de certains animaux à poil ras, tels que les bœufs, les vaches, les chevaux. La bourre sert à garnir des selles, des bats, des tabourets, etc. »
vieilletourbourreliers05

Pour en savoir plus, on peut consulter le site :
http://www.jschweitzer.fr/m%C3%A9tiers-anciens/bourrelier/

Des règlements qui donnent à voir sur le mode de vie et les bonnes manières que doivent observer les compagnons.
Prenons quelques exemples : art 6 des aspirants : une amende de 1f50 pour n’avoir pas assisté à l’enterrement  d’un membre de la Société  ou bien art 3 des compagnons et aspirants : amende pour celui qui posera sa casquette ou son chapeau sur la table

Ci-dessous la transcription des deux textes. L’orthographe a été respectée.

Texte concernant les aspirants : les manquements sont punis d’une amende variable

Reclement des aspirants bourreliers de  la ville de Bordeaux
 actuellement Rue Vieille Tour N°10 chez Lesbats

Art .1 Tout aspirant qui excitera quelques membres de la société à parler
dans la discution ou  gater dans les déliberations pour ou contre sera passible d'amande
Art.2 Tout aspiran qui manqueraient d'assister a l'assemblée régulière
qui est tous les 1° dimanches du moi sera passible d'une amande de 50 c
Art.3 Tout aspiran qui refuseraient et sans cause légitime de convoquer
l'assemblée sera passible d'amande de 50 c à 3 f
Art.4. Tous aspiran qui commandera L'assemblée avec une mise
salle ou indéssante l'amande lui sera appliquée et s'il se trouvaient
dans un état d'ivresse il seraient a l'amnde de 3 f.
Art.5. Tout aspiran qui decachettera une lettre ou paquet
adressé à  la Société sans otorisation sera a l'amande de 1 f.
Art.6. Tout aspiran qui sans cause légitime manqueraient
d'assister a l'enterremant d'un manbre de la Société sera a l'amande de 1f50
Art.7. Tout aspiran qui troublera l'ordre et la tranquilité de
la maison sera dabor repris par le presidan pour la 2°fois
passible d'une amande de 1 f.a 2 f. et pour la 3° fois il sera rayé
définitivement de la société et signalé aux villes de la corespondance.
Art.8. Tout aspiran qui manqueraient de respect au chef de l'etaplisseman
ainsi quaux domestiques sera a l'amande de 1 f.
Art.9. Tout aspir qui pour cause d'ivresse feraient des saletés dans la salle
a mangé ou dans les chambres a couché sera a l'amnde de 2 f
Art.10. Tout asp. qui troublera lespas public après lheure indue sera a l'amande
Art.11. Tout aspir. qui viendraient a frapper un membre de la Société
sera passible d'une amande depuis 1 f. jusqua 5 f. et interdit des assemblées depuis
2 jusqu'à 6 et s'il y a lutte l'adversaire subira la moitié de la peine du même genre
que celle du provoqueur.
Art.12. Tout aspir. débiteur a la Société ou a l'établisseman qui
anporterait sa malle de la chambre sera puni d'une amande de 3 f. et interdit.
Art.13. Tout aspir. Vu l'article 72 ou on a considéré que les jeux
d'intérêts d'ésunissent les membres  d'une Société quelqonque et que souvan il
devient une passion funeste a l'homme. tout compagnon ou aspiran qui jouera
de l'argent chez la Mère sera a l'amande de 1 fa 2 f.

Fait par nous tous compagnons et aspirans de la ville de Bordeaux le Mars 1839
Les chefs du bureau des aspirants bourreliers
Guerin Eugène
Blanquefort Jean   Dellair Alexandre


Texte concernant les compagnons et les aspirants : le montant de l’amende n’est pas précisé
Reclement des compagnons bourreliers
de la ville de Bordeaux  actuellement Rue
Vieille Tour N°10

Savoir
Chers compagnons Soyons toujours fidele a se devoir qui enflamme
le coeur des hommes qui vivent dans lespérance de connaitre ce mistere qui
fait L'honneur et La gloire  de ceux qui ont le bonneur de regner sur  sa puissance.
Art 1. Tout compagnon ou aspiran qui rantrera chez la mère san saluer
sera passible d'une amande.
Art 2. Tout compagnon ou aspiran qui rantrera chez la mère sans veste ou sa
cravatte sera passible d'une amande.
Art.3 .Tout compagn.  ou aspir  qui s'assiera ou qui posera son chapeau
ou sa casquette sur la table sera passible d'une amande.
Art.4. Tout comp. ou aspir.  qui se permettra soit avec un couteau
ou avec autre chose des degas sur la table sera passible d'une mande.
Art.5.Tout comp. ou aspir. qui se permettra d'allumer sa pipe ou
son cigarre pandan L'heure du repas dans la salle sera a l'amande.
Art.6 Tout compagn. ou aspir. qui se permetrtaient de décoiffer
Les uns ou autres seront passibles d'une amande.
Art.7. Tout Comp. ou aspir. qui en mangeant ou buvan répandron
du vin sur les nappes seront passible d'une amande.
Art.8.Tous comp.ou aspir. qui  se permettraient de tenir a table
des propos indecens soient envers le père ou la Mère ou la domestique
sera passible d'une amande.
Art.9 Tout compagnons ou aspirans qui s'occuperaient d'affaires
autres que celles qui regardent personellement la société seraient
sur le chan exclus et ne pourraient plus en faire partie.
Art.10. L'honneur, la vertu, la gloire et la Franchise
d'un vrai compagnon voila la devise. La justice seule est
notre guide.

Fait par tous les compagnons de la ville
de Bordeaux le 1 mars 1839
Les chefs de la société et de Bareau
Prosper Disdier    Parquet françois secrétaire
Rabouin Auguste trésorier

C  B  D  D


(01/2016)

Documentation : Patrick Moyon

Mise en ligne : Monique Lambert  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Elle était bien dans l’embarras cette loueuse de chaises. Jeanne Tardit exerçait son activité dans la Chapelle du Temple. Jusqu’alors la confiscation des biens de l’Eglise n’avait pas eu trop de conséquences sur son activité. Tout s’est compliqué pendant cette période difficile que l’on a appelée la Terreur. La Chapelle n’était plus accessible et elle souhaitait reprendre ses chaises. Pas si simple. 

On peut trouver sous la cote ADG 1 Q 881 les traces du déroulement de cette affaire qui ne fut pas traitée à la légère comme on peut en juger au travers du document.

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Un lien entre cette chapelle et la rue du Temple à Bordeaux ?
Le nom de cette rue évoque en effet une construction disparue dont il reste peut-être quelques pierres dans les fondations ou les murs.

La chapelle avait été construite  par la Commanderie du Temple  un ordre créé le 13 janvier 1129
Bordeaux étant le chef-lieu d'une importante Commanderie des 1167, ne pouvait pas passer au travers de la vague de construction du « grand manteau blanc » qui a parcouru l’Occident. Pierre de Saint Jean a fait construire la chapelle Notre Dame du Temple vers 1180 sur la paroisse Notre Dame du Puy Paulin.

 Modeste, 22,6 mètres sur 7,20 de large. Six fenêtres et un clocher muni de deux cloches, Elle s'appuie sur la façade nord du castrum romain englobant une partie du mur et une tour sur notre cours de l'Intendance (fossats de Campauria en 1330). Vers le sud, la rue Porte Dijeaux ou Grande rue du Temple (1337) en était la limite. Vers la place Gambetta, c’’est l'impasse du Temple devenue la rue du Temple fin 19s et vers la Garonne, c’est la rue de Grassi, l'antique rua Porta Neda, 1310 (rue Porte Neuve).

 

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Une cour, la maison du Commandeur, sept maisons, un puits très profond (nous sommes a douze mètres d'altitude...) et le cimetière a l’arrière et coté de la chapelle formaient la sauveté.

 

Après la chute du Temple (13 mars 1312), les propriétés ont été données aux Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem qui les ont gardées jusqu'à la Révolution.  Elles onLa chapelle a survécu jusqu'à la fin du XIX ème siècle.t été vendues entre l'an 3 et l'an 6 de la République comme biens nationaux.

 

La chapelle a survécu jusqu'à la fin du XIX ème siècle


 Voici ci-dessous le résumé chronologique de l’affaire.


21 mars 1794 . Jeanne Tardit  a dû rédiger une pétition : Elle demande les clés de la chapelle pour reprendre ce qui lui appartient. Dans la cour de la chapelle, il y a un chai, construit en bois, dans la chapelle, il y a des chaises et d’autres effets.


16 avril 1794
Le citoyen Oulies, traiteur occupant l’hôtel de Malte rue porte Dijeaux expose «  qu’il tient à loyer cette maison depuis quatre années » « le bail est expiré depuis le 10 avril dernier », « au prix de  deux mille trois cent livres ». Il est le « principal fermier de la commanderie  du temple de Bordeaux ». Il certifie que toutes les chaises et prie-Dieu qui sont dans la chapelle appartiennent à Jeanne Tardit qui les a achetés ; Il y a aussi « deux échelles et un hangar en planches dans la cour à côté du puits ».

 

2 mai 1794 Le citoyen Reand doit s’assurer de la véracité des faits


20 mai 1794. Le citoyen Ruand s’est assuré que les effets sont «  une propriété particulière à la pétitionnaire »


29 mai 1794 Le conseil du district  considère  qu’il résulte des renseignements pris par Ruand membre du conseil de la Municipalité que les objets réclamés par la pétitionnaire sont sa propriété. Il est d’avis que Jeanne Tardit « est autorisée à retirer les chaises, echelles & plancher par elle réclamés ». Elle doit affirmer par serment que sa demande est légitime.30 mai 1794. Le conseil général de la commune de Bordeaux  après avoir vu le rapport de Ruand  et ouï l’agent national  estime que les chaises sont bien la propriété de Jeanne Tardit et « qu’il est de toute justice qu’elle obtienne la main-levée ».


1 juin 1794 Le rapport sera communiqué au directeur de l’agence du domaine des biens nationaux pour fournir des observations en séance publique du directoire du 4 juin 1794 Le directeur de l’agence nationale de l’enregistrement et des domaines estime  qu’il y a lieu d’autoriser la pétitionnaire à retirer chaises, échelles et planches «  par elle réclamées à charge  d’affirmer que sa demande est légitime ».département.

 

4 juin 1794 Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement et des domaines estime qu'il y a lieu d'autoriser la pétitionnaire à retirer chaises, échelles et planches "par elles réclamées, à charge d'affirmer que sa demande est légitime".

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Transcription de l’intégralité du texte dans sa forme et sa chronologie

Aux Citoyens Membres du District
du Bec d'Ambes

Citoyens
La citoyenne jeanne Tardit cy-devant loueuse de chaise a la chapelle du si-devant Temple de rue porte Dijaux a l'honneur de vous adresser sa petition afin d'obtenir de vôtre justice la Permition Di faire sortir des effets a la dite Tardit Comme luy appartenant qui sons dans la chapelle de la ditte cour du temple Comme chaises et autres effets ainsi qu'un chay dans la ditte cour construit en plancher luy appartenant aussi La Citoyenne Tardit espére que vous pramdrois en considération la réclamation quelle vous fait dans sa pétition et luy confier les clés de la dite Chapelle pour y faire sortir les effets designer si dessus luy appartenant.
Bordeaux le 29 ventôse 1 germinal an 2 de la République française une et indivisible

janne Tardit


Soit Communiqué à la Municipalité de
Bordeaux pour faire attester les faits
Délibéré en Séance Publique du Conseil du Disttrict de
Bordeaux le 26 Germinal l'an 3 de la R. que.fse
Monviller
Durouquilheur

Le citoyen Ruand membre du conseil c'est assuré que les éfets cela même ou d'autre part sont une propriétés particuliére à la pétitionaire don il suis qu'il en est de la justice de lui en faire faire la remise. Bordeaux le 1 prairial an 2 de la république une & indivisible
Champons
Hospital
Clemenceau
Dutasta

Vu la pétition de la citoyenne Jeanne Tardit cy-devant loueuse de chaises à la chapelle du ci-devant Temple rue Porte Dijeaux tendante à être autorisée de faire sortir de la susditte chapelle les chaises qui y sont renfemée & qui lui appartiénne, vû le renvoie du District à la municipalité pour faire veriffier les faits , et le rapport du citoyen Ruand Notable commissaire nommé à l'effet de fournir les renseignements necessaire a ce sujet.
Le conseil général de la commune , oui l'agent National estime d'aprés le Rapport de son commissaire que les dite chaises réclamée par la pétitionnaire sont réellement sa Propriété & qu'il est de toute justice quelle obtienne la Main levée
Délibéré en conseil Général de la commune de Bord. Le 10 Prairial de l'an seconde de la République Française une et indivisible
Cogeruit, officier
Moutaunt

Vù la Pétition présenté par la citoyenne jeanne Tardit ci-devant loueuse de chaises à la chapelle du ci-devant temple tendante à etre authorisée à sortir de cette maison les chaises, deux echelles & les planches ayant servi à former un hangar dans la cour, vu aussi les observations de la Municipalité de Bordeaux
Le Conseil du District de Bordeaux
Considérant qu'il résulte des renseignements pris par le C Ruand Membre du Conseil de la Municipalité de Bordeaux et commissaire nommé a cet effet que les objets réclamés par la pétitionnaire sont sa propriété
& d'avis que la petitionnaire est autorisée a retirer les chaises, échélles & plancher par elle réclamés attendu quelle justifie que c'est sa propriété à la charge néanmoins d'affirmer par serment que la demande est légitine
Délibéré en conseil de District de Bordeaux le 9 Prairial l'an 2 de la R. FR.
Duret
donril
lacoste
girad

Le C. Ruaud notable s'assurera des faits enoncé de l'autre part et faira son rapport
Bord. Le 13 Floréal l'an 2 Rep.
Haussade, greffier

Soit communiqué au directeur de l'agence du domaine Nationaux à Bordeaux pour fournir les observations délibéré en séance publique du directoire du département du bec d'anbes à bord. Le 13 prairial an 2 de la RP. Une et ind.
Lebras, secrétaire

Du 1 Germinal l'an 2
N° 6738

La citoyenne jeanne tardit ci-devant loueuse de chaises demande d'etre autorisé a retiré de la chapelle ci-devant du temple situé rue porte dijaux , tout les effets a elle appartenant qui se trouve dans la dite chapelle

N°83
La citoyenne Jeanne Tardit ci-devant loueuse de chaises

N°213
Bordeaux
recus le 11 prairial
N°195
enreg 58

Le Directeur de l'agence nationale de l'enregistrement et des domaines d'aprés les observations de la municipalité de cette commune estime en se référant a l'avis du district du 9 de ce mois qu'il y a lieu d'autorisé la pétitionnaire a retirer de la ci-devant chapelle du Temple de Bordx. Les chaises, échels et planches par elle réclamé, a la charge par elle d'affirmer par serment devans le district que la demande est légitime fait a Bord. Le 16 Prairial an 2 de la république Française une et indivisible
Peat
n°22

Le citoyen oulies, Traiteur, occupant le ci-devant hôtel de malte , rue porte dijeaux, expose qu-il tient a loyer cette maison depuis quatre années et dont le bail est expiré depuis le 10 avril dernier
au prix de deux mille trois cent livres
je sousingniet et certifies commes principal fermier de la commanderie du temples de bordeaux que toutes les chéses et pries dieux qui son dans la chapelle du temple appartient a la citoyenne jeane tardy commes les ayant achetées a ses dépant avec un soleux(?) et deux echeles de plus un angar en planches dans la cour a côté du puy en foy de quoy a bordeaux 26 germinal l'an segon de la république française une te indivisible
oulies


(01/2016)

Monique Lambert

Une rencontre fortuite chez Elie Bouron notaire à Castres en 1790 : celle d’une loueuse de chaises. Une opportunité pour évoquer un petit métier, le plus souvent réservé aux femmes.

Ce samedi 2 mai 1790,  la fille du maître de pension de Castres, âgée  de 27 ans, signait un contrat de louage de chaises qui l’engageait pour 3 ans. Il était convenu que pendant cette période elle assurerait la location des 164 chaises de l’église de Castres.
Dans les églises, il y avait autrefois le privilège des bancs
 http://www.cahiersdarchives.fr/index.php/19-publications/faits-religieux/41-droit-de-banc-un-marqueur-de-notabilite
 Dans une moindre mesure, l’utilisation des chaises pouvait se révéler objet sinon de profit au moins objet de transaction. C’est ce que suggèrent les clauses du contrat.

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Une période révolutionnaire
On peut s’étonner de la signature d’un tel acte le 2 mai 1790 soit en période dite révolutionnaire. Depuis quelques mois, les évènements s’étaient succédé : la prise de la Bastille le 14 juillet de l’année précédente puis la nuit du 4 août mois avec l’abolition des privilèges.  Puis le 2 novembre 1789 un décret qui avait mis les biens ecclésiastiques à la à la disposition de la Nation.
 Comment expliquer dans un tel contexte les termes d’un acte qui engageait les biens d’une paroisse,  comme si rien ne s’était passé ? De fait la dépossession des biens d’Eglise avait été progressive.
Un décret de novembre 1789 engageait certes l’Etat  à "pourvoir d’une manière convenable aux frais du culte, à l’entretien de ses ministres des autels, au soulagement des pauvres, aux réparations et reconstructions des églises, presbytères, et à tous les établissements, séminaires, écoles, collèges, hôpitaux, communautés et autres". Mais, par dérogation, les fabriques demeuraient  administrées, comme antérieurement par les conseils de fabrique. Rappelons que la fabrique regroupait un certain nombre de personnalités qui avaient pour mission de collecter et d’administrer les fonds et revenus nécessaires à la vie de la paroisse.
Aussi c’est très légitimement  que ce 2 mai 1790, Jean Ameau pouvait proposer un bail pour la location de chaises dépendant de l’administration de la Fabrique.


Quel est le contenu du contrat ?
Le  bail est souscrit pour la durée de trois années depuis  le 25 avril 1790 (fête de Saint Marc) jusqu’à la veille de la fête de Saint Marc à titre de ferme pour quatorze douzaines de chaises « bonnes et serviables ». Ces chaises appartiennent à l’église. Françoise Pellé peut en jouir et en percevoir le droit de louage. A charge pour elle de payer 300 livres pan an. A la fin du bail Françoise Pellé doit rendre les chaises. Si des réparations s’imposent, Françoise devra faire l’avance des frais qui seront déduits des trois cent livres qu’elle devrait payer. ADG 3 E 33499

Ce qui signifie que Françoise Pellé prend à bail 168 chaises qu’elle louera aux paroissiens de Castres. On regrette de ne pas avoir plus d’informations sur les modali tés de la location : une pièce à chaque utilisation ou une somme qui  ouvre droit à utilisation de la chaise une année durant ou d’autres modalités de réservation. Pas d’information non plus sur le coût des places par rapport à l‘emplacement. Il était possible que les chaises des premiers rangs soient recherchées.

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Françoise Pellé devait donner chaque année 300 livres, ce qui n’est pas une somme négligeable. La somme de 100 livres correspondait au prix d'achat d’un bœuf.
Sur ces 300 livres la loueuse devait faire un petit bénéfice.

 

Qui était Françoise Pellé la loueuse de chaises ?
Le registre paroissial la ferait naître le 4 septembre 1763. Son père était porté « maître écrivain » ou sur d’autre actes « maître de pension ». Une profession honorable.  En 1790, Françoise, non mariée, était âgée de 27 ans, sans doute l’aînée d’une fratrie  d’au moins 6 enfants.
Son mariage le 17 juillet 1792 avec un boulanger  explique peut-être la rupture du bail et la signature d’un nouveau contrat  chez le même notaire le 17 juin 1792

 
Elisabeth Boret a pris la suite

Le nouveau contrat à titre de ferme a été souscrit entre Pierre Jaunie « fabriqueur » de l’église Saint Martin de Castres et Elisabeth Boret épouse de Jean Guerin, matelot.. On retrouve la même quantité de chaises, soit 14 douzaines. Le fermage est signé pour une durée de trois ans soit du 1 juin 1792 jusqu’au 31 mai 1795 pour une somme de 265 livres par an payable «  demy année par demy année échue ». Il est noté que le fermage avait été l’objet d’une adjudication et qu’Elisabeth Boret était « la plus offrante et la dernière enchérisseuse ». ADG 33501

Nous n’avons que peu d’informations sur cette loueuse de chaises. Orpheline, elle avait épousé quelques mois auparavant un marin, d’ailleurs absent au moment de l’acte. Il n’y a pas trace de sa signature sur le contrat et son acte de mariage. On peut penser qu’elle était illettrée.
La suite des évènements  a sans doute écourté la durée du fermage.

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Que sont devenues les 168 chaises de l’église Saint Martin de Castres ?

En savoir plus sur ce petit métier, lire un texte rédigé non sans humour par un auteur du XIXème siècle.
http://www.bmlisieux.com/curiosa/coquil02.htm


(11/2015)

Par M. Lambert

Un débat actuel : la place de l’animal dans ses relations avec l’homme. Des réflexions tant philosophiques qu’anthropologiques. Un document dès 1854 suggère la prise en compte de la souffrance animale.Dernièrement, le 30 octobre 2014, en deuxième lecture, les députés ont reconnu aux animaux la qualité « d’êtres vivants doués de sensibilité ». Ils étaient considérés jusqu’alors comme des « biens meubles ».
L’attention portée à la souffrance animale n’est pas nouvelle.On peut trouver aux AD 33 sous la cote 4 M 224, au milieu de feuillets ayant trait aux activités de la police un document un peu particulier. Il date de 1854. Il s’agit d’une réponse du Tribunal de Bordeaux à une question posée par le commissaire de police.

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Elle concerne les pratiques des garçons bouchers à l’abattoir de Bordeaux.
Rien n’indique quels faits ou circonstances ont motivé la démarche du commissaire auprès du Tribunal

Question : Doit-on verbaliser et provoquer l'application de la loi du 2 juillet 1850 contre les garçons bouchers qui, dans l'intérieur de l'abattoir, portent des coups d'instruments tranchants aux animaux destinés à être abattus, leur font ainsi des blessures qui répandent du sang et donnent ainsi des preuves de barbarie inutile ?

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Il est fait mention de la loi du 2 juillet 1850 :
« Seront punis d'une amende de cinq à quinze francs, et pourront l'être d'un à cinq jours de prison, ceux qui auront exercé publiquement et abusivement des mauvais traitements envers les animaux domestiques ».
A l’origine de cette disposition : le général Jacques-Philippe Delmas de Grammont (1796- 1862). La Société Protectrice des animaux existait déjà. Elle avait été créée en 1845 par le docteur Etienne Pariset.La réponse du président du Tribunal, toute en nuances, figure en annexe.
On peut y noter que les animaux destinés à l’abattage sont considérés comme des « animaux domestiques ».
Il est avancé que c’est moins l’intérêt des animaux que le législateur avait en vue que l’humanité et la morale publique, l’adoucissement des mœurs.

L’abattoir peut-il être rangé dans la catégorie des « lieux publics » ? C’est un point important car le texte de loi précise que les mauvais traitements ne sont punissables qu’exercés publiquement. Or l’abattoir de Bordeaux, édifice municipal, accessible à tous ceux qui veulent y pénétrer, est considéré comme un « lieu public ».
Il est préconisé de la part du maire un arrêté qui préviendra les habitués de l’abattoir que l’on sévira désormais contre eux à l’occasion des mauvais traitements infligés aux animaux.

Les animaux ont-ils bénéficié de traitements propres à préserver leur souffrance ? On ne sait.

souffranceanimale03
Abattoir de Bordeaux vers 1900.
Sur l'emplacement de l'actuelle place André-Meunier

Pour en savoir plus :

Baratay (Eric), Le point de vue animal, Paris, Le Seuil, 2012


(11/2014)

 

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Cliquer sur l'image pour l'agrandir

Par M. Lambert

Une affiche nous invite à visiter du 16 au 27 septembre 2014, une exposition relatant la vie exceptionnelle d’un négociant Louis Gustave Soubiran.

Au bas de l’affiche : une mention : Commissaire d’exposition Michel Dubedat.
L’exposition va ouvrir dans quelques jours. Il a bien voulu répondre à nos questions.

 

Cahiers d’archives - Vous semblez très impliqué dans cette manifestation. Comment situez- vous votre participation ?

 expositionsoubiran02

Michel Dubedat - J’ai fourni la base documentaire.
Je collectionne depuis longtemps des documents que je glane un peu partout. Et un jour, je suis tombé en arrêt devant une étiquette avec un nom de domaine de Léognan « Clos Fronton » – L.G.Soubiran propriétaire. Il s’agissait de Louis Gustave Soubiran. Je suis de Léognan et ce nom m’était totalement inconnu. J’ai voulu en savoir plus. Des descendants m’ont permis d’admirer un beau portrait. Un visage pour un nom, mais rien sur une activité commerciale que je pressentais.

J’ai poursuivi mes recherches. Le hasard ou le flair m’ont permis de recueillir des documents variés auprès de collectionneurs – c’est comme cela que j’ai trouvé un chéquier au nom de L.G. Soubiran dans une bourse de collectionneurs à Floirac !
Aux Archives Départementales où j’allais déjà pour d’autres thèmes, j’ai trouvé une mine de documents. J’ai commencé par l’état civil.

Ce fut un peu délicat à reconstituer. C’était un enfant naturel, reconnu par son père. Une histoire un peu complexe – mais au total, une belle histoire - dont il a fallu démêler les fils. La réussite de Louis Gustave Soubiran s’expliquait par son dynamisme, certes, mais aussi par l’histoire de sa famille paternelle où l’on retrouvait marchands de papiers peints, propriétaires viticoles et même un ancêtre qui fournissait des remplaçants à ceux qui voulaient éviter le service militaire. J’ai retrouvé des « traités » qui concluaient le marché.
Les actes notariés montrent que la famille Soubiran était souvent chez le notaire pour affaires. Ils achetaient, vendaient…
Les archives de Villenave d’Ornon et le Léognan m’ont aussi permis de faire des découvertes sur le personnage et ses activités.

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Je fréquente les brocantes, les bourses de collectionneurs. Et je vais aussi sur internet. Et c’est ainsi que, sur l’indication d’un ami comme moi féru d’archives, j’ai trouvé sur Gallica la revue « Vins et liqueurs et produits alimentaires pour l’exportation ». On y trouve de la publicité pour les conserves Soubiran qui partaient à l’exportation dans le monde entier.
Peu à peu le personnage commençait à se dessiner : liquoriste, négociant, conserveur à Bordeaux puis à Villenave d’ornon, et même conseiller municipal dans cette ville.

Cahiers d’archives - Sur l’affiche on repère la référence aux Etablissements St Michel. Pourquoi ce nom ?

Michel Dubedat - Au début, l’entreprise avait ouvert rue des Faures dans le quartier Saint Michel. D’où ce nom. Plus tard cette distillerie - conserverie s’est implantée au Pont de La Maye à Villenave d’Ornon.
Les produits – il y avait même des fromages conservés – étaient expédiés dans le monde entier. Il y a eu aussi une usine à Bergerac.

Cahiers d’archives - Cette exposition sur Louis Gustave Soubiran aura pour objet de présenter la vie de cet homme entreprenant. Qui a eu l’idée de cette manifestation ?

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Michel Dubedat - L’association des Amis de Villenave d’Ornon dont je fais partie était au courant de mes recherches et a été intéressée par l’histoire de cet « entrepreneur » qui a vécu et exercé pendant 50 ans au Pont-de-la-Maye. J’avais une bonne base documentaire et je me suis laissé convaincre de ne pas la garder pour moi tout seul.
C’est la médiathèque (à Chambéry) qui va accueillir cette exposition qui bénéficie du soutien de la municipalité, avec l’apport d’une subvention. Il y aura 20 panneaux de 80 x 120 cm qui développeront plusieurs thèmes.

Cahiers d’archives - On peut penser que vous n’êtes pas seul pour la mise en œuvre de cette manifestation.

Michel Dubedat - En effet, l’association des Amis de Villenave d’Ornon a constitué un groupe de conception et réalisation sans lequel cette exposition n’aurait sans doute jamais vu le jour. L’aspect technique compte beaucoup. Les textes doivent trouver leur place en regard des photos. Ils doivent aller à l’essentiel. Faire court. Et le travail de l’infographiste a été déterminant. Je n’ai pas encore vu ce que doit produire l’imprimeur ; j’appréhende un peu.

Cahiers d’archives - Comment faire connaître l’exposition. ?

Michel Dubedat - La mairie de Villenave d’Ornon a prévu des affiches et des flyers. Il y a aussi Internet. Et « Sud-Ouest ». Et le bouche-à-oreille.
La suite de cette exposition ? Une autre commune pourrait être intéressée ; et un livre est à l’étude car il permettrait de contenir des textes beaucoup plus importants que ceux que l’on pourra lire sur les panneaux de l’exposition.


(09/2013)