Par Girondine

Un document : Le Médecin charitable, paru en 1625 et distribué par les colporteurs. L’auteur, Philibert Guybert, médecin à Paris, voulait faire œuvre de charité, ce qui voulait dire enseigner le savoir médical et le vulgariser. On peut lire sur le site de Gallica divers ouvrages de Philibert Guybert
http://www2.biusante.parisdescartes.fr/livanc/?cote=352385&do=chapitre

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Ces documents pourront vous donner un aperçu des soins et remèdes appropriés aux différentes affections dont souffraient nos prédécesseurs.
Il était fait usage de plantes, ou produits divers tels que le lait, bouillons, beurre, sucre, œufs, etc. qui entraient le plus souvent dans la composition des clystères dont on usait (ou abusait ?). Ci-dessous quelques extraits qui ont été publiés dans « La bibliothèque bleue » éditions Robert Laffont en 2003
Textes recueillis et commentés par Lise Andries Lise et Geneviève Bollème.


Quelques exemples de clystères :

Clystère detersif
Prenez une poignée d’orge commune & le poids de deux escus de fenouil verd, faites les bouillir dans une chopine d’eau deux ou trois bouillons, sur la fin y mettrez un quarteron de bon miel commun, bouillir un bouillon pour le dissoudre avec ; enfin, passez le tout & dans ce qui sera passé laisserez fondes 2 onces de beurre frais, c’est le clystère que vous donnerez.Clystère avec térébentine pour la douleur nephritique
Prenez 2 onces d’olive, ou du beurre frais, faites les chauffer sur le réchaud, ou cendres chaudes, puis, tirez du feu & versez dessus demie once de bonne terebentine de Venise, la dilayant dans le dit beurre ou huile (qui est chose fort facile). Estant dilayée, vous la dissoudrez avec un des susdits clystère...Clystere nutritif
Prenez une chopine de bouillon de graisse de chapon, de veau & d’un bout saigneux de mouton cuits ensemble, dans lequel dilaierez une once d esucre fin, &deux jaunes d’œufs & ferez clystère que vous donnerez.Autre pour les pauvres
Prenez chopine de bon laict bouilly avec deux onces de bon scre, dans lequel vous demeslerez deux jaunes d’œufs.
Notez que devant bailler lesdits clistères nutritifs, il faut purger le excréments du ventre avec un clystère remolitif.
Notez aussi que pour les petits, il faudra diminuer la dose & quantité tanr de décoctions que de medicamens...

Il y avait aussi les suppositoires

Manière de préparer un suppositoire
Prenez 2 onces de miel commun, faites le cire dans un petit poeslon lentement sur le feu clair, jusqu’à ce qu’il acquire consistance à peu près d’un electuaire solide. Cela fait, tirez le hors du feu y adjoutant(pour le rendre plus acre) le poids de 2 escus de sel commun, ou d’un escu de sel gemme en poudre, meslez tres-bien ensemble avec une spatule & le versez sur un papier qui aura esté graissé d’huile & avec les mains aussi ointes d’huile, on en forme suppositoires de la grosseur du doigt anulaire & la longueur de six à sept doigts pour grandes personnes, & de 3, ou 4 pour les petites. Desquels voulant servir, faudra graisser avec huile d’olive, ou beurre frais, & pour les conserver les faudra tenir dans la graisse, ou beurre frais cat autrement ils se fondroyent en l’air.

Remède certain pour lascher le ventre de ceux qui sont constipez, & ne veulent user de clystère, ny suppositoire

Parce qu’il y a des personnes si fascheuses que pour tout l’or du monde ne voudroient recevoir clystères, ou suppositoires, tant pour une certaine honte qu’elle sont, que parce qu’elles sont affligées d’hemoroïdes internes, externes ou autre maladies du siège, c’est pourquoi ils useront du remede suivant, lequel est excellent.
Prenez le poids d’un escu ou d’un escu & demy ou de deux escus de bon sené, le poids de demy escu de graine d’anis verd ; mettez le dans une escuelle, & versez pardessus quatre ou cinq cuillerees d’eau plus ou moins que si la personne n’est point travaillée de la toux, on pourra y mettre moytié eau & moitié jus de citron. En après, couvrez ladite escuelle & la mettez sur les cendres chaudes, ou autre lieu chaud l’espace d’une demie heure, ou un eheure pour infuser ; puis passer le tout à l’étamine ou linge blanc en l’estraignant mediocrement & ce qui sera passé le dilayerez dans deux ou trois fois, ou davantage de bouillon maigre clair ou dans un premier bouillon de viande, le faisant prendre au matin à jeun une heure ou deux avant de manger...

Manière de faire injection

Les injections se font pour plusieurs maladies comme aux ulcères & plaies des parties du corps, aux maladies de la verge et de la matrice & ce avec des seringues propres, dans lesquelles on met décoctions, huiles ou autres liqueurs...Injection pour gonorrhée
Vous ferez injection avec du lait clair, ou eau d’orge tiède pour le commencement, en après on y adjoustera le syrop de roses seiches, scavoir est sur un demy septier une once & demie & deux onces ou si au commencement où il y aura inflammation & cuisson grande, on fera injecton en esté avec decoction d’orge plantain, morelle, nenuphar & en hiver ave cleurs eaux, aux douleurs de ladite partie on fera injection avec laict de vache recentement traict.

Manière de faire pessaires

Le pessaire est plus gros que le suppositoire & est approprié pourlananière (matrice), lequel est faict de coton, de soie, linge ou laine peignée, dans lesquels on met medicamens, enveloppant le tout avec linge bien delié, ou taffetas, puis, estant trempé en vin, eau ou ; liqueur convenable... Notez qu’il faut attacher un petit ruban au bout dudit pessaire pour le lier à la cuisse, de peur qu’il ne soit attiré au-dedans de la matrice.Il y avait des pessaires pour provoquer les mois ou arrester les mois.

Advertissement notable & charitable au public
Il est necessaire que tous ceux qui ont le moyen ayent une seringue à la maison, & sachent faire donner clysteres, ou ayant gens pour ce faire, tant pour les maladies qui arrivent inopinément, lesquelles sont besoin proprement de ce remède, que parce que se servant de la seringue d’autruy, laquelle après avoir peut êstre servi à bailler clystere à un verolé ou pertiféré, ou malade de la fièvre pourpre, ou d’une dissenterie, ou petite verolle, ou rougeolle, ou aura les ulcères malins, fics, fistules au siege ou autre maladie contagieuse : sans avoir esté nettoyée, lavee & eschaude l’on vous viendra un peu après, ou sur l’heure mesme donner clystere, ce qui est bien à craindre.
... Chacun doit en avoir chez soy... et ne la prester qu’à gens que l’on cognoistra...


Sources

Histoire des « Œuvres charitables » de Philibert Guybert :
http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx1998x032x001/HSMx1998x032x001x0011.pdf

Andries (Lise), Bollème (Geneviève), La Bibliothèque bleue – Littérature de colportage, Robert Laffont, 2003, p.111


(11/2014)

Par Girondine.

Trouvé dans le journal l’Indicateur N° 8493 du 6 juillet 1836 l’article ci-dessous, publié dans le journal l’Abeille de La Nouvelle-Orléans.
Les deux derniers paragraphes justifient la présentation de ce texte dans la rubrique Santé.

sourcehuileamerique01
 
 

Source d'huile en Amérique

      Il y a environ dix ans, près de Bruckerville (Kentuky), perforant
 un puits artésien pour obtenir de l'eau salée, et parvenu déjà, à tra-
vers un lit de roches solides, à une profondeur de plus de 200 pieds,
 nous perçumes une source d'huile pure, qui dès ce moment lance un
jet continuel qui s'élevait à 12 pieds au-dessus de la surface du sol.
Quoique l'intensité du jet diminuât un peu, quelques minutes après
la première éruption, que l'on suppose avoir donné alors 75 gallons à
la minute, elle continua plusieurs jours sans interruption.
     Le puits se trouvant près de l'embouchure et sur les bords d'un petit
creek qui décharge ses eaux dans la rivière Cumbernland, l'huile ainsi
projetée vint se répandre et flotta jusqu'à une grande distance sur la
surface des eaux. Plusieurs habitants au bas de la côte, curieux de savoir
si cette huile (ou plus exactement ce bitume), possédait des pro-
priétés inflamables, y appliquèrent une torche. Avec la rapidité de
l'éclair cette matière s'enflamma et les habitants jouirent du spectacle uni-
que d'une rivière embrasée, dont les flammes atteignaient les escarpe-
ments les plus élevés et embrasaient le sommet des arbres, à la grande
frayeur et au préjudice reel des habitants.
     Cette huile ou bitume est très-inflammable : elle produit une clarté
aussi pure et aussi brillante que celle du gaz? Ses autres propriétés
étaient alors inconnues; mais une grande quantité ayant été mise en
barils, on s'aperçut bientôt que tout avait passé en coulage.
Cette substance est tellement volatile qu'il est impossible de la renfer-
mer dans des futailles de bois, et elle contient une si grande quantité
de gaz que souvent elle fait éclater les vaisseaux qui la contiennent lors-
qu'ils sont hermétiquement bouchés. Sa couleur est verte, mais, expo-
sée à l'air, elle prend une teinte brune. Cette substance est extrement
volatille, a une odeur âcre et indéfinissable et le goût de l'essence de
goudron.
  Pendant un court espace de temps, après la découverte de cette source,
une petite quantité d'huile venait, lorsque l'on pompait l'eau salée, ce qui
a conduit à l'idée que l'on pouvait toujours l'extraire par le jet de la
pompe. Cependant toute nouvelle tentative pour en obtenir, excepté
par un jet spontané, a été entièrement infructueuse. Pendant les six
dernières années, il y a eu deux émissions par jet spontané. La der-
nière commença le 4 juillet 1835 et dura environ six semaines, pendant
lesquelles on recueillit environ 20 barriques d'huile.
Lorsque la source émet ce sujet spontané, l'huile et l'eau salée avec
laquelle elle est constamment combinée, sont lancées dans le corps de
la pompe, sans doute par la force des gaz qui tend à se dégager à une
hauteur de plus de 200 pieds, et de là viennent couler par l'orifice su-
périeur,  dans une auge couverte, où l'eau se dégageant de l'huile, se
précipite au fond, et cette dernière surnage à la surface. Un bruit sourd
ressemblant au grondement lointain du tonnerre, accompagne l'émission,
d'un jet d'huile, tandis que le gaz qui est bien visible à l'ouverture du
haut de la pompe fait demander à tous les étrangers qui passent si le
puits est en feu.
     Bientôt après la découverte de cette source, on supposa que l'huile
possédait des vertus médicinales. Cette idée conduisit un grand
nombre de personnes à en faire l'épreuve dans une grande variété de cas.
Ceux qui l'ont essayée comme médicament, en recommandent l'usage
pour le rhumatisme, la phthysie pulmonaire, la dyspepsie, la coli-
que d'intestins, les coupures, blessures et en général  toutes les ma-
ladies de peau.
On dit qu'elle soutient les malades cinq minutes après qu'on l'a ap-
pliquée sur les brûlures, et qu'elle peut servir de spécifique pour les
coliques, les écorchures et toute espèce de maladies de chevaux. On lui
a donné le nom de "Huile américaine", et dans ces dernières années
elle a joui d'une très-grande réputation dans les états de Kentuky et
d'Ohio.

L'Abeille de la Nouvelle Orléans.


(05/2013)

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Par Monique Lambert

Un éminent chirurgien bordelais, Raymond Lafourcade Père, a rédigé le compte rendu de sa dernière opération réalisée dans des conditions très particulières.

 

On peut trouver ce document aux archives municipales de Bordeaux ;« Observation de M. Lafourcade père pour une plaie de l’abdomen ». Registre de la Société académique de Chirurgie de Bordeaux.

Il a fait l’objet d’une publication consultable sur Gallica :« Recherches sur les procédés chirurgicaux de l’Ecole bordelaise des origines à la Révolution », Bordeaux, Imprimerie Gounouilhou, 1903, p.32-33

 

Si l’aspect technique de l’opération présente un intérêt pour le rapporteur de l’affaire, il serait regrettable de négliger les circonstances qui ont amené Raymond Lafourcade à innover dans sa pratique opératoire.

Voici décrits ci-dessous les faits, tels qu’ils ont été rédigés par le chirurgien.
On peut s’étonner de la rapidité de l’intervention de l’homme de l’art. Il y a une explication : il avait un bien à Mérignac.

« Le 21 juin 1764 le nommé Bernard Dejean dit « Louminon » âgé de 62 ans vigneron, habitant du village de Capeyron, paroisse de Mérignac, revenait de chercher du foin du marais vers 6 heures du soir lorsqu’il fut attaqué par un taureau sur le grand chemin près du Vigean.
Le coup de corne dont il fut percé lui ouvrit le bas ventre du côté gauche et lui fit une plaie à lambeau avec déchirement et d’une figure très irrégulière longue d’environ 4 pouces, située transversalement à travers à 2 travers de doigt du côté du nombril, s’étendant jusque vers le milieu de la région lombaire du même côté. Les intestins sortis formaient un volume considérable de même que l’épiploon en partie déchiré.
Ce malheureux qui avait resté seul sur le chemin jusqu’à 11 heures du soir se mit en marche en traînant un genou par terre, portant les boyaux enveloppés dans sa chemise qui était neuve et de fort grosse toile, pour se rendre au Vigean éloigné d’un quart de lieue où il arriva vers les 3 heures du matin et d’où il fut transporté chez lui dans une charrette. Cet homme qui n’avait pas vu secours, m’envoya chercher ;
J’arrivais chez lui dans la matinée entre onze heures mais quel ne fut pas mon étonnement lorsqu’après le récit de ce qui s’était passé, je trouvais le malade encore vivant, à la vérité froid et sans pouls, les intestins boursouflés et enflammés ayant une couleur d’un rouge tirant sur le brun, remplis en quantité de sable dans toutes les circonvolutions, s’étendant depuis le menton jusqu’au scrotum recouvrant le col, la poitrine, le côté gauche du bas ventre.
Après l’avoir fait confesser, mon premier soin fut de laver avec beaucoup d’eau de vie les parties sorties du bas ventre afin de la revivifier et d’en ôter les corps étrangers qui y adhéraient, je leur fis ensuite rentrer par la plaie après avoir coupé et emporté une grande partie de l’épiploon déjà gangréné.
J’observais que le pouls revint après que les parties furent rentrées, la plaie contuse déchirée et frangée d’un bout à l’autre ne me permettant point de pratiquer aucune espèce de suture, je crus devoir imaginer un espèce de bandage unissant qui peut en même temps en faciliter la réunion en contenir dans le bas ventre toutes les parties que j’y avais rentrer avec tant de peine; je me servis en conséquence du bandage du corps auquel j’assujettis par plusieurs points et fis des compresses que je posai dans différents sens et en les graduant à proportion, plus dans certains endroits afin d’en remplir les vides et de rendre la compression égale.
J’imbibai très souvent l’appareil de la même liqueur pendant plusieurs jours, j’employai ensuite des digestifs et des topiques appropriés et d’usage. Je fis saigner le malade avant de sortir, la saignée fut réitérée le soir. Je prescrivis le régime le plus sévère et le malade fut radicalement guéri dans l’espace d’environ 42 jours. Il vit encore et vaque à ses occupations même les plus pénibles sans ressentir la moindre incommodité. »


(04/2013)

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Par Girondine

Ils pratiquaient tricycles et bicycles ces bordelais qui ont créé une revue hebdomadaire en 1885. Parcourir « Veloce Sport » ou « Le Veloce-sport & le veloceman », vous fera participer aux joies et aux peines de ces passionnés pour de drôles de machines.

Sur Gallica, on peut lire les numéros parus de 1885 à 1897.

La revue, publiée à Bordeaux, se voulait de diffusion nationale. Elle a changé plusieurs fois de titre. En 1885 : « Veloce Sport », en 1886 : « Le Veloce-Sport et le Veloceman », en 1889 : « Le Veloce-Sport ». En janvier 1896 la revue quittait Bordeaux pour Paris et devenait « Veloce-Sport et Bicyclette ». Dernier numéro : 11 novembre 1897.

Ils ne manquaient pas d’humour les rédacteurs. D’une plume souvent alerte ils font connaître les péripéties d’un sport qui n’en était qu’à ses balbutiements.

Avec les vélocemen nous pouvons cheminer sur les mauvaises routes de la Gironde en tricycle (article du N° 18 de 1886, p. 329 et suivantes)

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5577403x/f5.image.r=veloce%20sport.langFR ou en bicycle. C’étaient des militants, aussi invitaient-ils à prendre part à la création et à la vie d’autres sociétés en France.

Le ton général, souvent alerte, reflète l’enthousiasme communicatif de ces pionniers qui n’hésitaient pas à affirmer leurs opinions et leurs divergences.

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On peut s’amuser à repérer les « chroniques fantaisistes » d’un certain Marchapié (en particulier dans le N° 47 de 1887). http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5577460z/f8.image.r=veloce sport.langFR
Ou déguster les miettes littéraires.

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Sur la collection présentée, on peut porter plusieurs regards : s’intéresser aux sociétaires, aux rédacteurs, aux diverses courses, au développement national de ce sport, à la place des « dames », etc.
Il est proposé ci-dessous, un angle un peu particulier.

L’armée et le vélocipède.
L’utilité des bicyclettes ou autres cyclopèdes ne s’est pas imposée aux autorités militaires de cette fin de siècle. Prudence d’un côté, enthousiasme militant de l’autre.
Plutôt que de présenter un sec résumé de leur rencontre, il a semblé préférable de donner la liste des articles relatant cette affaire. </p>

Les principaux documents :
N° 47, 21 janvier 1886, p. 707, un veloceman met en évidence l’utilité du vélocipède dans le cadre des campagnes militaires.
N° 49, 4 février 1886, p.741, et N° 50, 11 février 1886, le même auteur persiste dans sa démonstration.
N° 10, 22 avril 1886, p. 165: « des manœuvres vont se dérouler dans région, profitons-en pour présenter les avantages du vélocipède ! »
N° 12, 6 mai 1886, p. 204 : confirmation de l’usage qui peut être fait du vélocipède.
N° 18, 17 juin 1886, p.325, la presse commence à s’intéresser à la vélocipédie.
N° 19, 24 juin 1886, p.345, il est fait mention du général Boulanger qui a accepté la présence de deux vélocemen pendant des manœuvres. Sont notées des « dissensions intestines » entre sociétaires.

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Général Boulanger

N° 27, 19 août 1886, p. 510 : essais pratiques de vélocipédie militaire.
N° 29, 2 septembre 1886, p.547 : dissension manifeste au sein du club au sujet des vélocipédistes militaires.
N° 30, 9 septembre 1886, p.565, suite de l’affaire précédente – p. 567, un essai performance de Bordeaux à Targon puis de Targon à La Sauve.
N° 31, 16 septembre 1886, p.585, considérations diverses sur les manœuvres militaires et les dissensions notées chez les vélocipédistes.

N° 32, 26 septembre 1886, p. 614, les manœuvres à partir de Targon ont été un succès.
N° 36, 21 octobre 1886, p. 692, discussion à propos de la nomination d’un correspondant avec les autorités militaires.
N° 38, 4 novembre 1886, p.728, c’est une commission qui sera chargée des relations avec les autorités militaires.
N° 40, 18 novembre 1886, p.769, mention d’un article paru dans la Gironde (6 novembre).
N° 47, 13 janvier 1887, p. 918 paraît un article de la « France militaire ».

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Tricycle 1886

« A l’encontre de certains de nos honorables correspondants [les vélocemen], nous pensons que, sans mépriser en quoi que ce soit le bicycle, auquel nous reconnaissons de réelles qualités, l’appareil le plus pratique dans l’emploi ordinaire est le tricycle. Tous le monde est tricyclique, bien peu arrivent à être bicyclistes » note l’auteur de l’article.
On peut connaître la suite de l’article paru dans la « France militaire » dans le N° 48, p 936.

On y lira les avantages comparés du bicycle et du cheval : le cheval est moins cher à l’achat. « Il mange de l’avoine, c’est vrai, mais au moins il marche tout seul et on n’a ordinairement pas besoin de le pousser ». Plus loin, le vice-président de l’Union vélocipédique de France plaide en faveur du bicycle. N° 49, 20 janvier 1887, p. 958 : un autre article de la « France militaire » envisage des essais comparatifs du tricycle, du bicycle et de la bicyclette, « montés par des jeunes gens habiles et aptes aux exercices du corps ». Plus tard, dans le numéro 52, 10 février 1887, p. 1022, il apparaît que « la vélocipédie est un fait acquis».

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Bicycle 1887


Sources
Gallica : veloce sport.
Qui étaient les rédacteurs ? La plupart signaient leur article sous un pseudo. Cependant la première page du n° 47 de l’année 1886 dévoile l’identité des auteurs avec quelques commentaires.


01/2013

Par Girondine

A découvrir aux archives départementales dans la série R (affaires militaires) : des sociétés de gymnastique dans chaque commune… ou presque.
Pourquoi figurent-elles dans cette série, un peu particulière ?

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Un peu d’histoire : après la défaite cuisante de la guerre de 1870, les gouvernements successifs ont reconnu la nécessité de préparer les jeunes hommes aux activités militaires, de forger des citoyens-soldats pétris de civisme et de patriotisme.
D’où l’éclosion de sociétés de gymnastique, associées ou non à des sociétés de tir, regroupées en fédérations, plus ou moins en concurrence. Inscrites dans un projet de préparation militaire, leurs activités, subventionnées en partie, relevaient du ministère de l’intérieur et du ministère de la guerre.
En filigrane les documents font apparaître des luttes d’influence, attisées par les affrontements des diverses fractions du corps social.
En Gironde, comme partout en France, des groupements sportifs ont vu le jour, parfois brièvement, même dans de très modestes communes. Qu’importe leur durée de vie, et leur mode de fonctionnement, ils ont joué un rôle qu’il serait regrettable de négliger.

Où trouver la docupmentation ?
Par internet, sur le site des Archives départementales de la Gironde, aller sur Gaël et dans la rubrique « recherche simple », taper « Sociétés de gymnastique » et se diriger dans la série R, plus précisément 1 R 104 à 123. Il sera aisé de repérer pour Bordeaux : le Burdigala Rowing Club (aviron) 1878 – 1887, le BEC (1933), la Cavalerie Escadron Gironde (1908-1914) etc.. Ceux qui s’intéressent aux autres communes découvriront le Vélo barcasais (1895), le Comité des régates de Blaye (1883), la Société de tir de Carignan (1909) et la pédale Farguaise (1898), etc . Certaines de ces sociétés n’avaient aucun lien avec la préparation militaire. Citons les activités liées à l’aviron ou aux régates.
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Que peut-on trouver dans les dossiers ?
Ils sont très succincts : quelques feuilles le plus souvent.

Une déclaration étant obligatoire, statuts et liste des membres fondateurs (notables, militaires ou simples particuliers) permettent une première approche. Une ou des listes de sociétaires peuvent compléter l’information. Parfois quelques notes sur leurs opinions politiques.

Il ne faut pas s’étonner de trouver des traces de distributions de cartouches, de fusils, ces sociétés ayant souvent pour mission de préparer les jeunes gens aux exercices militaires.
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On peut déplorer que ces petits dossiers trop succincts ne permettent pas de faire l’historique des sociétés. Ils restent cependant une source inattendue d’informations. On peut citer en exemple la composition de la société de tir de Bacalan.

Membres du club de la société de Tir de Bacalan (1 R 111).

Nom
Prénom
Profession
adresse
Castagnet Jules Commis négociant 77, quai de Bacalan
Lacome Ernest Commis négociant 68, quai de Bacalan
Simon Léon Négociant 7& 8, quai des Docks
Bergès Pierre Restaurateur 10, quai des Docks
Ramet Jean Horloger 79, quai de Bacalan
Chaffaud Jean Employé 29, rue Henri IV
Bauger Jules, Joseph Agent d'assurances 29, rue des Bahutiers
Sarthe Louis Valet de chambre 144, rue Fondaudège
Degorce Léonard Outilleur 11, rue du Noviciat
Rey François Cafetier 3, rue Dudon
Bonnet Jean Epicier 93, quai  de Bacalan
Catherineau Achille Menuisier 69, rue de Lormont
Richaud Auguste Buraliste 101, quai de Bacalan
Mercier Edouard Coiffeur 101, quai de Bacalan
Cazenave Romain Négociant 103, quai de Bacalan
Gavichot Firmin Sabotier 102, quai de Bacalan
Souillac Julen Restaurateur 1, rue de Lormont
Lagane Achille Employé de commerce 98, quai de Bacalan
Nates Louis Restaurateur 10, rue Lucien Faure
Legoff François Restaurateur 110, quai de Bacalan
Moreau Gaspard Débitant 88, quai de bacalan
Maysonnave Joseph Débitant 17, rue des Antilles
Tessier André Boucher 4, rue Lucien Faure
Théron Joseph Chaudronnier 5, rue Lucien Faure
Dupin Achille Mécanicien 34, rue Frenay
Souilhac Frédéric Propriétaire 35, rue Arago
Regnier Jérome Contre maître marine 33, rue Delbos
Bizet Auguste Ferblantier 15, rue de Lormont
Colnot Ernest Restaurateur Rue Lucien Faure
Mauties Ernest Horloger 155, rue Ste Catherine

 

« Clérical », « Anti-républicain », telles étaient les notes que l’on peut parfois trouver apposées en regard des noms des présidents ou administrateurs. Avec aussi une mention « favorable » ou « non favorable » pour ce qui relevait de subvention ou reconnaissance. Ces annotations étaient le reflet des divers courants d’anticléricalisme qui ont marqué les décennies concernées. (1880 - 1939).

Vers 1908, des textes législatifs dont nous n’avons pas trouvé la teneur avaient suscité des réactions diversifiées selon les convictions de l’un ou de l’autre camp. Sous la cote 1 R 90, on lira avec intérêt les réactions enflammées de M.de Pelleport (« clérical ») après lecture d’une circulaire de 1908. A la même époque, M. Cazalet (« anti clérical »), éminente personnalité bordelaise (il fut pendant 35 ans président de l’Union des Sociétés de gymnastique de France) soutenait avec véhémence la position gouvernementale.

L’arrivée du Cartel de Gauches, en 1924 avait suscité la rédaction d’une circulaire en date du 29 octobre 1924 (1 R 90). Elle reprenait un texte de 1909 :
« Pour conserver à ces sociétés un caractère indispensable d'absolu loyalisme envers nos institutions il importe qu'elles soient constituées par des citoyens résolus à ne pas les laisser dégénérer en instruments d'une politique d'opposition à la République Un certain nombre d'exemples permettent de penser que l'administration préfectorale n'a pas encore saisi dans tous les départements le double devoir patriotique et républicain qui lui commande à cet égard une action prompte et persistante. Avec la certitude du concours moral et de l'aide matérielle du gouvernement, vous aurez à cœur, j'en suis convaincu, de mener à bien cette tâche ».
Elle précisait : « Vous voudrez bien me désigner également celles des sociétés qui n'observent pas la stricte neutralité politique et confessionnelle qui leur a été imposée par les textes précités. »
La suite : une série d’avis défavorables pour l’agrément d’un certain nombre de sociétés. Citons « La Phalange réolaise », « les Francs » du Bouscat et « L’Etoile » de Saint -Laurent-Médoc. etc.

Afin de donner les agréments, une commission avait été créée. Parmi ces membres, on peut relever les noms des chefs de bataillon Garnal et Massoube.
Voici quelle était l’appréciation portée sur eux par le Commissaire Central.
« Le Commandant Garnal, notamment, m'est indiqué comme ayant des opinions politiques hostiles aux institutions républicaines qu'il combat en favorisant les patronages catholiques (subventions majorées, avis favorables d'agrément). Faux, sournois, on lui prête la mentalité du parfait jésuite.
Le Commandant Massoube affiche des sentiments républicains; il déclare soutenir et encourager les sociétés laïques, il lit ostensiblement le "Quotidien"; mais on m'assure qu'il n'est pas sincère dans ses opinions et qu'il y a intérêt à ne lui accorder qu'une confiance très limitée. Il est en excellents rapports avec le Lieutenant Abadie, de l'IP, récemment mis en congé, nettement hostile à la République.
Ces deux officiers supérieurs, tous deux arrivistes escomptent le retour prochain d'un gouvernement de droite ».

 

A la même époque, le Commissaire central dans une note adressée au Préfet soulignait que « les patronages catholiques …sans faire ouvertement de la propagande politique ou religieuse s’insinuent dans les familles, voire même républicaines pour faire du recrutement ».
Depuis plusieurs décennies, en effet, les patronages religieux étaient en effet dans la ligne de mire des anticléricaux.

Les patronages en Gironde : un enjeu.
Un courrier adressé le 24 novembre 1924 par le Commissaire Central au Préfet présentait la liste des griefs adressés aux patronages catholiques : « Ceux-ci (les patronages catholiques) ont leurs caisses alimentées par les catholiques et les réactionnaires : les enfants ont leurs costumes donnés gratuitement. Ils participent sans aucun débours à toutes les sorties, soit de concours, soit de promenades diverses, et lorsqu’ils sont en âge de travailler, on leur procure un emploi ». La disponibilité du personnel ecclésiastique est relevée : un avantage par rapport aux dirigeants laïques qui exercent une profession.
On peut consulter utilement dans une autre série (1 R 518) des fiches ou petits dossiers relatifs aux patronages catholiques de la Gironde.pour la période 1908 – 1909. On y découvrira des correspondances hostiles le plus souvent à ces patronages.
L’affaire des « Enfants de Roland » peut être citée en exemple. Il y avait eu le refus du sous-préfet d’accorder un terrain pour une manifestation organisée à Blaye par le patronage catholique. Le conseiller général avait vivement réagi : un extrait de lettre adressée au sous-préfet avait été publié dans la presse locale. La population était prise à témoin ; certains commerçants étaient menacés de boycott…

Pour en savoir plus sur la naissance des patronages à BordeauxAUGUSTIN (Jean-Pierre), « Les patronages bordelais dans le mouvement sportif du début du siècle », Revue Historique de Bordeaux et de la Gironde, Bordeaux (1982), p. 125-133.Sommaire :
  • Les premières sociétés sportives et gymniques bordelaises.
  • Les écoles et les œuvres laïques face aux patronages catholiques.
  • Les patronages dans le mouvement sportif (œuvres laïques, patronages catholiques).
soc gym05


01/2013