Par M.Lambert.

Bordeaux et ses campagnes ont souffert de manques d’approvisionnement. Un témoignage, le certificat rédigé par un officier de santé.

 

  Je soussigné officier de santé de la commune
de Bordeaux certifie qu'and vertu de linvitation
qui ma été faite par l'agent national près le district
de Bordeaux, m'estre transporté dans la commune
de Bonnetan afin dy constater la nature de la maladie
dont certains habitant sont atteints, assisté de
l'agent national de laditte commune, jai visité
les malades; & je me suis convaincu de leur état
pour le simptomes qui caracterisent cette maladie;
j'ai observé que leur maladie netait pas epidemique
puisquelle n'est pas susceptible de contagion; mais
quelle provient de la grande quantité d'erbes
que ces habitants ont mangé, qui par leur nature
aqueuse & peu nourrissante,& et ne pouvant pas
dailleur les animaliser par quelques peu de graisse
ou de viande, les ont jetté dans une grande
faiblesse, de manière que les solides ayant tombé
dans latonie, l'engorgement des pied et des
jambes a eu lieu, ainsi que lidropisie générale
ches quelques uns; avec rupture de lepiderme
qui recouvre la surface externe des pieds & des
jambes suite indispensable de la distention
trop considerable de cette membrane; j'estime donc
qu'il sera facile darreter le cours de cette maladie
en donnant à ces malades les remedes que je leur
ai prescrit, & en leur donnant une nourriture plus
succulante puisqu'il ce trouvent dejà beaucoup
mieux depuis que la nourriture leur est venue un peu
meilleure et plus à bondante
Fait à bonnetan le 27 messidor 2ème année
Républicaine
[Signé] Sorbet
ADG 4 L 63
avoirfaimbonnetan01


C’était le 15 juillet 1794. Les troubles observés relèvent certainement de carences alimentaires. Le terme « erbes » doit être compris comme légumes (choux, raves, etc.). Des commentaires médicaux seraient les bienvenus.
Les lacunes des registres d’état-civil de la commune de Bonnetan n’ont pas permis d’observer des variations de mortalité à cette période.
Des recherches complémentaires permettaient peut-être de vérifier si les dires d’un certain Lagrêle employé au fourrage à Bordeaux avaient quelque fondement .
C’était le 7 mai 1793, ce citoyen écrivait aux citoyens Terson à Castres : « Toujours misérable pour la vie ; il y a un quart des citoyens et citoyennes du district de Cadillac qui sont morts de faim et les deux autres quarts auront de la peine à se sauver. Fais bien attention qu’il y a de ces malheureux qui n’ont pas mangé une bouchée de pain de quarante jours. Voila la situation triste. » (Inventaire sommaire des archives municipales, T IV, p.133)

--------------------------------------------------------------------

Pour en savoir plus :
Allemandou (Bernard) et Le Pennec (Jean-Jacques), 60 000 pauvres à Bordeaux – La politique d’aide sociale sous la révolution, Bordeaux, MSHA, 1995, p.91Nouveau ! le pain mélangé de pommes de terreLes périodes de crise sont souvent favorables aux expériences qui peuvent palier à la diminution ou même à l’absence de certaines denrées.
Dans ces années difficiles des premières années de la Révolution, la culture de la pomme de terre, la patate, est préconisée par les autorités. Le Comité de salut public a fait imprimer une recette de pain confectionné à base de farine de froment, ou d’orge et de pommes de terre.
 
avoirfaimbonnetan02v Cliquez sur l'image pou l'agrandir
 
INSTRUCTION
POUR
LA FABRICATIION DU PAIN
MELANGE DE POMMES DE TERRE
_________________________________________
Imprimé par l’ordre du comité de salut public
--------------------------------------------------------------------
Il a été fait dans plusieurs communes, l'expérience d'une
panification de deux tiers de farine de froment et un tiers
de pommes de terre, ou bien d'un tiers de farine de froment,
un tiers de farine de seigle, et un tiers de pommes de terre : ces
expériences ont parfaitement réussi. Il en est résulté un pain
très-blanc, fort nourrissant, et qui tient long-temps frais.
Le procédé est simple et facile. On fait cuire, dans l'eau
commune, la pomme de terre, jusqu'à ce qu'elle cède facilement
sous le doigt; on la pèle, on l'écrase et elle forme une pâte.
Cette opération terminée, on pétrit séparément la farine de
froment ou de seigle; on mêle les deux pâtes. On pétrit de
nouveau; et lorsque le mélange est bien opéré, on forme le pain
à l'ordinaire. En y ajoutant un peu de sel, le pain prend un
goût plus agréable.
Par cette manipulation, on diminuera la consommation des
grains, et on aura une nourriture plus économique.
On a fait du pain composé de moitié de farine d'orge et moitié
de pommes de terre. Ce pain est plus agréable au goût que le
pain d'orge pur, et un peu rafraîchissant.
La culture de la pomme de terre ne saurait être trop encou-
ragée : elle réussit dans tous les terrains, même dans les terres
légères et sablonneuses. Bien cultivée, elle peut donner deux
récoltes, vers les mois floréal et brumaire (juin et octobre,
vieux style).
 

(05/2014)

Par Girondine.

Ce n’est pas une histoire d’amour – Même pas un fait divers – Un accrochage, une dispute pour un motif qui nous insinue dans le Macau de ces temps-là - 1900. Cet article aurait pu s’intituler : Luzerne ou liseron ?

C’est un jugement de la Justice de paix du canton de Blanquefort (ADG33 4U 11/34) qui développe très longuement cette affaire qui, n’en doutons pas, a animé les veillées macaudaises.
Une histoire de voisinage ? Les protagonistes habitaient l’un et l’autre rue Camille Godard à Macau.

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L’incident s’était produit le 13 septembre 1900,
vers les neuf heures du matin.
Voici le résumé des faits, tels qu’ils ont été présentés à une première audience le 3 novembre.
Le lieu de l’incident : une luzernière près du cimetière de Macau. Cette luzernière avait 10 mètres de large. La longueur n’a pas été précisée.
Madame Chelle, une veuve de 50 ans, sage-femme, aurait traversé cette luzernière pour se rendre à une pièce de terre « pour enlever du chiendent ». C’est alors qu’ André Beaucher, jardinier de cette terre, se serait précipité sur elle, en la traitant de « voleuse de luzerne ». « Il la prit brutalement par le bras pour la faire sortir de son terrain et le lui serra si fortement qu’il en est résulté des ecchymoses qui ont été constatées par le docteur Chevalier, ce qui a occasionné une incapacité de travail pendant douze jours ». C’est la version de madame Chelle.
André Beaucher soutient qu’il aurait voulu la conduire chez le garde et que madame Chelle aurait menacé de le frapper.
De plus, il conteste son acte, exercé « sans brutalité » dit-il, et l’incapacité de travail.

Le 14 novembre, avait lieu la contre-enquête avec dépositions des témoins.
Les témoins de Madame Chelle :

  • Catherine Alary veuve Grave, 52 ans, cultivatrice, habitant Macau :
    « Le 13 septembre vers 8 heures et demie ou 9 heures du matin j'étais en train de travailler avec ma fille Marguerite, âgée de 23 ans et mon fils Jean âgé de 10 ans, à la journée, pour le compte d'un nommé Soult derrière le cimetière de Macau lorsque j'entendis crier. M'étant retournée, je vis M. Beaucher André qui tenait madame Chelle par le bras la traitant de voleuse en disant "arrêtez". Madame Chelle était dans une luzernière appartenant à Mme veuve Renouil. J'ignore si M. Beaucher est fermier de cette pièce.
    M. Beaucher traina brutalement madame Chelle jusqu'auprès de nous en nous prenant à témoin qu'elle lui volait sa luzerne mais je n'ai rien constaté de pareil, au contraire madame Chelle n'avait dans son tablier que des lizerons des champs et point de luzerne.
    Lui ayant dit que je ne voulais pas lui servir de témoin il partit soit disant pour aller chercher le garde-champêtre. Madame Chelle l'attendit patiemment près d'une heure. Pendant ce temps elle m'a montré son bras où les doigts de M. Beaucher s'étaient imprimés en noir. Elle paraissait souffrir beaucoup. Elle me le fit voir de nouveau deux jours plus après et je vis qu'il était gonflé et encore plus noir que le premier jour.
    En attendant M. Beaucher qui d'ailleurs ne revint pas, madame Chelle ramassa du chiendent dans la terre où nous étions en train de travailler puis s'en alla.
    »
  • Marie Baziadoly, épouse Dejean, 48 ans, propriétaire
    « Dans le commencement de septembre dernier, vers 8 heures et demie 9 heures du matin, je vendangeais avec mon mari dans une vigne nous appartenant située près le cimetière de Macau. Nous venions de cesser le travail pour déjeuner lorsque nous aperçûmes à 50 mètres environ madame Chelle qui traversait une luzernière appartenant à madame Renouil affermée à M.Beaucher.
    Au même moment nous entendîmes M. Beaucher lui criant "Arrêtez, vous êtes prise". Il survint aussitôt la traitant de voleuse de luzerne et l'empoigna par le bras en essayant de l'entraîner. Madame Chelle lui criait "Lâchez-moi, vous me faites mal" mais il ne la lâcha point et la traîna jusqu'auprès de madame Grave qui travaillait non loin de là. A ce moment, il se décida à lui laisser les bras libres et madame Chelle éparpilla le contenu de son tablier dans lequel j'atteste qu'il n'y avait que des liserons des champs et pas du tout de luzerne.
    M. Beaucher étant parti chercher le garde-champêtre, madame Chelle me montra son bras qui était tout bleu et meurtri par les doigts de M. Beaucher; elle attendit fort longtemps le retour de celui-ci mais il ne revint pas. »


Le témoin de Monsieur Beaucher :

  • Julien Estève, 39 ans, cultivateur.
    « Vers le milieu de septembre dernier, en tout cas trois ou quatre jours après ce qui s'est passé entre monsieur Beaucher et madame Chelle, j'ai vu cette dernière ramasser de l'herbe une fois et une autre fois porter un sac de ripes sans paraître souffrir de son bras. »

Monsieur Beaucher ne réclame rien pour le fait que madame Chelle ait traversé sa luzerne, mais conteste l’incapacité des 12 jours.
Madame Chelle reconnaît avoir repris son travail le 18 septembre. Elle a été obligée de se faire aider et a subi des « pertes sérieuses » soutient-elle.
Monsieur Beaucher ne réclame rien pour le fait que madame Chelle ait traversé sa luzerne, mais conteste l’incapacité des 12 jours.
Madame Chelle reconnaît avoir repris son travail le 18 septembre. Elle a été obligée de se faire aider et a subi des « pertes sérieuses » soutient-elle.

Le 17 novembre, le tribunal rendait son jugement définitif.
Madame Chelle demandait 20 francs de dommages intérêts pour 12 jours d’incapacité de travail.
Or, elle a opéré un accouchement le 18 septembre. Le juge en a conclu que l’incapacité de travail avait cessé.
L’indemnité journalière a donc été calculée sur 5 jours et pour un montant de 10 francs par jour seulement. Il avait été demandé 16 francs soixante dix centimes. Demande rejetée car ne correspondant pas au salaire moyen journalier d’une sage-femme.
Quant à monsieur Beaucher, il est condamné à payer à madame Chelle 50 francs ainsi que les dépens, coût de l’acte et mise à exécution.


Trois P.V. de l'affaire.

3 novembre 1900 - ADG33 4U 11/34

Le Tribunal de Paix du canton de Blanquefort - arrondissement de Bordeaux, département de la Gironde, présidé par M. Louis Patronnier de Gandillac Juge de paix assisté de m. Gustave Alais, greffier de cette Justice de Paix dans son audience civile publique du 3 novembre 1900 a rendu le jugement suivant :

Entre madame Marie Renon veuve de Jean Chelle, sage femme demeurant au bourg de la commune de Macau, demanderesse comparante en personne, d'une part;
et d'autre part, le sieur André Beaucher, jardiner, demeurant au bourg et commune de Macau, défenseur comparant en personne d'autre part;
Faits : suivant exploit de M. Pierre Contolle huissier de cette Justice de Paix, demeurant à Bordeaux rue Saint James, 47 en date du trente et un octobre 1900 enregistré, la demanderesse fait citer le défendeur à comparaître le 3 novembre 1900 à midi et demie en l'audience du Tribunal de Paix y séant à la mairie pour port l'exploit ...

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14 novembre 1900 – ADG 4U 11/34

Procès verbal d'enquête Veuve Chelle / André Beaucher en date du 3 novembre 1900

L'an 1900 et le 14 novembre
Nous Louis Patronnier de Gandillac juge de paix du canton de Blanquefort arrondissement de Bordeaux, département de la Gironde, assisté de monsieur Gaston Blais greffier de cette justice de paix
En conformité de notre jugement interlocutoire en date du 3 novembre 1900 non encore enregistré mais qui le sera en même temps que les présentes sinon avant, ledit jugement rendu entre madame Marie Renon, veuve du sieur Jean Chelle, sage-femme demeurant au bourg de Macau, d'une part le sieur André Beaucher jardinier demeurant au bourg de Macau défendeur d'autre part lequel jugement ordonne qu'à notre audience de ce jour la demanderesse fera preuve des faits par elle articulés en sa citation, preuves contraires réservées au défendeur, dépens aussi réservés.
Avons procédé à la requête et du consentement des parties à l'audition des deux témoins amenés à l'amiable par la demanderesse et de un témoin amené à l'amiable par le défendeur...

Téléchargement du document complet

17 novembre 1900 – ADG 4U 11/34

Le Tribunal de Paix du canton de Blanquefort, arrondissement de Bordeaux, département de la Gironde présidé par M. Louis Patronnier de Gandillac, Juge de Paix, assisté de m. Gustave Blais, greffier de cette Justice de paix dans son audience civile publique du 17 novembre 1900 a rendu les jugements suivants:

Entre Me Marie Renom, veuve de M. Jean Chelle, sage femme, demeurant au bourg de la commune de Macau, demanderesse, comparante en personne, d'une part;
Et M. André Beaucher, jardinier, demeurant au bourg de la commune de Macau défendeur comparant en personne, d'autre part;

Faits : suivant exploit de M. Pierre Contolle, huissier de cette Justice de paix, demeurant rue St James, numéro 47, en date du 31 octobre 1900 enregistré, la demanderesse a fait citer le défendeur à comparaître le 3 novembre 1900 à midi et demie à l'audience du Tribunal de paix du canton de Blanquefort, séant dite ville de Blanquefort à la mairie pour porter l'exploit...

 

 


Notes complémentaires
Madame Chelle née Marie Reynon serait née à Campugnan vers 1848. Veuve à l’âge de 32 ans d’un scieur de long, elle vivait en 1900 à Macau avec sa fille de 18 ans et sa belle-mère. Elle prenait des pensionnaires.
Une indemnité de 10 francs par jour apparaît raisonnable. En région parisienne, un ouvrier gagnait 3 francs par jour.
En 1900, il y a eu 29 accouchements à Macau.

Monsieur Beaucher né en 1853, venait du Loir et Cher. Sa femme était originaire de Coutras. Un fils, 18 ans, jardinier avec son père.

Source : recensements de Macau 1891 - 1906


(03/2014)

Par M. Lambert

Extrait d’un livre paru en 1836
La maison de  campagne
Aglaé Adanson – Paris 1836

Ci-dessous le résumé de ce que préconisait une dame de la meilleure société.

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Avant la machine à laver et la lessiveuse

Utilisation du bugeoir ou cuvier
Le cuvier doit être plus large que haut pour que l’eau chaude n’ai pas un trop grand espace à traverser.
On met dans le fond du cuvier trois ou quatre torchons dont on fait sortir les cornes par le goulot. Sur l’ouverture du goulot, on place l’os d’une machoire inférieure de cochon…elle sert à empêcher les torchons de s’affaisser.

On entoure le cuvier d’une enveloppe de grosse toile qui garnit son intérieur et déborde de quelques doigts par le dessus ; On place d’abord les draps de maître, puis le petit linge fin (fichus, bonnets, robes, etc.), les chemises de femmes et d’hommes (les cols doivent être tournés vers le centre), enfin les serviettes de table, les mouchoirs les bas blancs (les pieds vers le centre). Le savon de Marseille, coupé en morceaux est répandu sur la surface du linge. On verse dessus deux seaux d’eau ; puis on met dessus dans l’ordre suivant : les draps des domestiques, les serviettes de toilette, le linge des domestiques, les torchons et les chiffons sur lesquels erront versés dusavon noir, délayé dans de l’eau.

On recouvre le tout d’une grosse toile qui doit retomber du cuvier ; Sur cette toile, on met quatre décalitres de cendres de chêne dans lesquels on écrasera des coquilles d’œufs. Puis on verse de l’eau dessus au fur et mesure qu’elle s’imbibe jusqu’à ce qu’elle sorte du goulot et on laisse le tout jusqu’au lendemain six heures.

On débouche alors le goulot et l’on prend de l’eau du baquet pour remplir une grande chaudière qu’on met à la crémaillère et dans laquelle on verse environ deux litres de cendres. Etant près de bouillir, on a un pot à anse, on l’emplit de cette eau chaude sans ôter la chaudière du feu ;, on la verse sur les cendres, puis on en verse un autre pot de a froide qui est dans le baquet et ainsi de suite alternativement jusqu’à ce que l’eau surnage sur la cendre qui ne doit jamais rester à sec. On remet à mesure dans la chaudière autant de pots d’au de lessive froide qui coule dans le baquet qu’on en ôte de chaude, et l’on continue ce travail jusqu’à 8 heures du soir. A midi on doit pouvoir plonger la main dedans sans se brûler ; ce n’est que vers le soir que l’on peut mettre de l’eau presque bouillante, mais jamais tout-à-fait. Quand le coulage est fini, on bouche le goulot, on recouvre le cuvier d’une vieille couverture, afin que la chaleur se maintienne pendant la nuit ; Le lendemain, on débouche pour laisser couler l’eau et l’on procède au lavage tirant le linge au fur et à mesure. L’eau qui est dans le baquet sert d’abord à faire tremper les bas et les chaussettes de couleur et ensuite à nettoyer toute la batterie de cuisine, les cafetières, etc... puis on la porte sur le fumier de la basse-cour.


(03/2014)

 

Par M. Lambert

Autre titre de l’ouvrage « Ou essai historique et critique sur la topographie ancienne et moderne du diocèse de Bordeaux » Ouvrages parus en 1784 et 1786 Secteur géographique concerné : l’Ouest de la Garonne soit le Médoc, l’Archiprêtré du Cernes, le pays de Buch et quelques paroisses du Bazadais. Six livres composent les Variétés bordeloises.Pourquoi s’intéresser à ces ouvrages ? Parce que l’on y trouve une foule de détails relatifs à certaines paroisses du Bordelais, telles qu’elles ont pu être observées à la fin du XVIIIème siècle. Il est ici question d’histoire, de géographie, d’économie, de botanique et de quelques faits ou annotations, parfois inattendues.

Connaissez-vous Uch ? Il y avait là, près de Lesparre, chapelle, hôpital et lépreux.
L’auteur est intarissable à son sujet. (éd. 1876 - t 1 - im 192).
Visitez un Mérignac que vous ne reconnaitrez pas. (éd. 1876 – t 1- im 427).
A la Brède, apprenez que si « les femmes sont laborieuses, frugales et sages », « les filles se refusent aux travaux de la terre ». (éd 1876 – t3 - im 27).
Vous en saurez un peu plus sur les défrichements en pays de Buch (Bassin d’Arcachon) (éd. 1876 - t 3 – im. 300).
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Les Variétés bordeloises, c’est l’œuvre d’un érudit, abbé de son état (1713- 1790). Toute sa vie a été consacrée à déchiffrer chartes et autres écrits, à les accumuler et les faire connaître. Il a eu un grand projet : présenter les richesses de Bordeaux et de sa région. Il ne pouvait se contenter de consigner ses connaissances dénichées dans les grimoires ou ses observations personnelles. Il lui fallait recueillir davantage d’informations, des témoignages d’hommes sur le terrain. Aussi a-t-il eu l’idée de demander aux curés des paroisses du diocèse de Bordeaux de répondre à un questionnaire.
Ce questionnaire on peut le lire dans la préface du premier volume de 1784 ou dans la réédition de 1876 (image 39).

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Principaux sujets sollicités :

  • Les bâtiments religieux.
  • Les hameaux, les ruisseaux.
  • La situation géographique par rapport à d’autres paroisses, à la mer, à la rivière, etc.
  • La nature du sol -– productions.
  • Llimites - « par quelles aires du vent ? ».
  • Y a-t-il un Bureau de Poste aux lettres ?
  • Quels chemins ?
  • Le commerce et marchés.
  • Les manufactures et industries.
  • Population - nombre de feux.
  • Les traditions - De quelles juridictions dépend la paroisse ?
  • Les progrès de la mer, du sable ou des étangs sur le territoire.
  • Les vestiges.
  • Etc.

Il semblerait que bien des prêtres se soient abstenus. Ce qui n’avait pas permis à l’abbé de donner à son ouvrage toute l’ampleur qu’il aurait souhaitée. Quelques curés semblent avoir joué le jeu, comme on peut le constater à la lecture de certains articles particulièrement étoffés relatifs à quelques paroisses. L’abbé avait vécu dans le Médoc, ce qui explique l’attention particulière portée sur tout ce qui concerne les « sables », la mer et les marais.

 
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L’église de Soulac, ensablée

 

« L’attention des lecteurs se réveillera sur diverses anecdotes, tradition et monuments qui peuvent exister en divers cantons du diocèse et sue l’habitude de les voir les empêche tous ceux qui les ont tous les jours sous les yeux, de les observer… » écrivait-il dans sa préface.

A-t-il atteint son but ?
Ce ne fut pas certain, du moins dans l’immédiat.

On peut regretter qu’il n’y ait pas de plan bien défini dans cet ouvrage. Le lecteur devrait un peu tâtonner s’il n’y avait un index dans la réédition de 1876.
Car il y a eu réédition.

Les éditions des « Variétés bordeloises»
Les ouvrages publiés en 1784 et 1786 se présentaient sous la forme de six livres.
Les paroisses étudiées :

  • Livres 1 - 2 - 3 : celles du Médoc
  • Llivres 4 - 5 : celles de l’Archiprêtré de Cernès (rive gauche de la Garonne)
  • Llivre 6 : quelques-unes de l’Archiprêtré de Cernès et celles de l’Archiprêtré de Buch et Born (Arcachon).

Il semblerait que tirés à 500 exemplaires, les éditions n’aient pas eu le succès attendu. Il a même été écrit qu’une partie de la production était partie au pilon.
Ce n’était peut-être pas le moment. Les esprits n’étaient pas prêts.
Le temps avait passé. Antiquaires et curieux recherchaient, plus tard, ces livres qui faisaient référence dès qu’il était question d’histoire locale.

En 1845 L de Lamothe faisait paraître :
   L’abbé Baurein - Sa vie et ses écrits.
Après une préface qui tentait de faire sortir de l’oubli cet honorable ecclésiastique, on peut prendre connaissance de quelques fragments inédits.
Document à télécharger :
http://books.google.fr/books?id=JOI5AAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

En 1875, une souscription avait été lancée pour la réédition des « Variétés bordeloises ». Les six livres de 1784-1786 ont été regroupés en 3 tomes.
Au début du tome I (livres 1 et 2) se trouve la liste des souscripteurs de l’édition 1876. Dans le tome II (livres 3 et 4), on peut lire la liste des souscripteurs de 1785.
Enfin dans le tome III (livres 5 et 6), dans un appendice, figure une table alphabétique et détaillée des noms de lieux pour les trois volumes précédents.

Pour repérer un lieu ou un monument, consulter la table alphabétique du tome III - image 445 et suivantes.

Il y a eu aussi un Tome IV, un peu différent. Il reprenait des textes inédits relatifs à la Ville de Bordeaux – y figurent une liste de souscripteurs ainsi qu’une table alphabétique des noms de lieux et de personnes.

En ligne sur le site :
Pour l'édition de 1875 : 1886 collections patrimoniales numérisées de Bordeaux 3
http://1886.u-bordeaux3.fr/search?query=baurein
il est possible de télécharger les deux éditions des « Variétés bordeloises ».

Qui était l’abbé Baurein ? On peut citer M. Saint-Amans. Dans son « Voyage dans les Landes », il a écrit :

« J’ai connu, dans ma jeunesse, ce digne homme, trésorier de l’Académie des Sciences de bordeaux; j’admirais dans Baurein l’érudition unie à la plus douce aménité, et une simplicité de caractère qui retraçait les mœurs antiques. Il est toujours présent à mes yeux. Je le vois encore au milieu de ses vieux livres, de ses liasses de papiers indéchiffrables. Je peindrai son obscur réduit, si je ne me trompe, derrière l’Eglise Saint-André, et le chien fidèle, et la vieille gouvernante à qui, le maître compris, tout était soumis dans la maison ; elle avait la haute police. Si rien n’était plus singulier que ce ménage, rien n’était plus touchant que la parfaite union et la tranquillité dont il était l’image. Le vénérable Baurein y trouvait le bonheur après lequel la plupart des gens de lettres ont vainement soupiré, celui de pouvoir s’occuper paisiblement de l’objet de ses recherches. Il était heureux chez lui, il était encore heureux dans la société, parce qu’il y apportait, comme dans la vie domestique, la modestie du mérite, le calme et la simplicité de la vertu ».
Jacques Baurein était né à Bordeaux le 15 juillet 1713.Ordonné prêtre, c’est en qualité de vicaire à Cissac (Médoc) qu’il a officié pendant 3 ans. Après un passage à Saint-André-de-Cubzac il est devenu bénéficier de l’église Sainte-Eulalie, ce qui lui a permis de se consacrer à divers travaux qui l’ont fait connaître.
En 1758, il a publié dans le Journal « Recueil d’annonces, affiches et avis divers pour la ville de Bordeaux » des articles qui lui ouvrirent les portes de l’Académie de Bordeaux où il fut reçu le 9 juin 1761.
Son œuvre principale restera ses « Variétés bordeloises ».
Il est décédé à Bordeaux le 23 mai 1790.
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(02/2014)

Par Girondine

Il est parfois malaisé de situer le niveau de fortune des différentes classes sociales qui composaient la société de l’Ancien Régime. Le texte qui est présenté ci-dessous ne peut être considéré que comme une contribution qui demanderait à être élargie à d’autres situations.
Il y est décrit le mobilier d’un couple de métayers.

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Présentation de l’acte
Le lieu : une métairie au lieu-dit Les Tours à Cubzac-les-Ponts. Elle se situait à droite des tours visibles sur la gravure. Ces tours existent toujours (Tours des quatre frères Aymon), très détériorées, visibles de la route qui va de Bordeaux à Cubzac-les-Ponts.

inventairemetairie02Extrait du cadastre de Cubzac-les-Ponts - ADG33

 

La métairie appartenant à une demoiselle Constantin habitante de cette paroisse, était exploitée par deux couples de métayers, Louis Lafon et sa femme et Michel Maignen et sa femme. Ils travaillaient en société et partageaient les revenus. On ne sait si un contrat avait été passé. Ils habitaient sous un même toit.
Louis Lafon et sa femme, étaient décédés l’un et l’autre à quelques jours d’intervalle. Ils laissaient deux garçons dont un adolescent et l’autre plus jeune.
Michel Maignen voulait « conserver les meubles et effets desd mineurs ainsi que l’or et l’argent qui s’est trouvé au décès du couple Lafon – Apert. »
Aussi a-t-il demandé à maître Sourget, notaire à Saint-André-de-Cubzac de faire l’inventaire de ce qui a été délaissé.
Cote 3 E 40190.

Inventaire de l’unique pièce qui sert de chambre
Il est noté deux coffres, l’un en bois de noyer et l’autre en bois d’ormeau. Chacun a la contenance de deux sacs de blé.Dans un des coffres :
10 linceuls grosse toile : 3 neufs et les autres demi-usés
1 nappe de brin demi-usée – 1 grosse, de 2 aunes chacune
3 autres nappes grosses neuves
4 serviettes de brin demi-usées
Dans l’autre coffre :
Les chemises et les hardes du couple décédéDans le coffre en bois de noyer, au fond, dans une poche en toile : 824 livres en espèces de 13 louis d’or de 24 livres chacun, 1 louis d’or de 12 livres et le restant en ceux de 6 livres et autre monnaie.Deux lits à quatre quenouilles dont l’un est très vieux avec pour chacun coite, coussin et couverture de laine blanche. L’un d’eux a des rideaux de toile rayés.Une maie à pétrir en bois de brulleDes outils : bigue et bigot, une hache, un pot de fer et un poellon de cuivre jaune.Tous ces meubles ont été estimés à 70 livres.

Remarques
On peut noter l’absence presque complète d’ustensiles de cuisine. Les couple prenaient-ils leurs repas ensemble dans une cuisine commune ?
Le montant des espèces trouvées, 824 livres n’est pas négligeable.
Il n’a pas été possible de trouver trace du devenir des jeunes orphelins.


23 juin 1873Inventaire des effets de feu Louis Lafon fait au requis de Jean MaignenAujourd'hui vingt trois juin mil sept cent quatrevingt trois de relevée Pardevant le notre Royal a St André en Guienne soussigné en Présance des temoins bas nommes a comparu Michel Maignen laboureur metayer a la métairie des Tours appartenant a Lademelle Constantin habt de la paroisse de Cubzac en Cubzaguès
Lequel a dit que Louis Lafon et Jeanne Apert, sa femme, seroient decedés savoir led Lafon le neuf et lad apert le treize le tout du presant mois dans la meme métairie de lad demoiselle Constantin laissant deux enfans malles dont l'un pubère et l'autre impubère, et d'autant que led Maignen comparent se trouve habiter la meme metairie que habitoient lesd Lafon et Apert quil étoit meme de société avec eux ainsi que sa femme pour l'exploitation et revenus dicelle, voulant conserver les meubles et effets desd mineurs ainsi que Lor et argent qui s'est trouvé au décès des d Lafon et apert a eux apartenant nous auroit requis vouloir nous transporter dans lad metairie ou sont decedés lesd Lafon et Apert pour y faire la description et inventaire desd meubles et effets ce que lui avons accordé et deffet y etant led Maignen nous a mis en evidance et nous avons inventorié ce qui suit premièrement deux coffres dont l'un en bois de noyer et l'autre bois dormeau tenant chacun deux sacs de bled ou environ dans lun desquels s'est trouvé dix linseuls de grosse toille dont trois neufs et les autres demi uzés, une nape de Brin et une grosse de deux aunes chacunne trois autres napes grosses neuves quatre servietes de brin demy uzées et dans lautre des chemises et hardes desd Lafon et Apert, plus une maie a petrir Bois de Brulle, plus un bois de lit a quatre quenouilles garny dune coitte un coissin une couverte de laine blanche et rideaux de toille rayée fonsé haut et bas.
Plus un autre lit à quatre quenouilles fonsé le bas seulement très vieux garni d'une coitte coissin et une couverte de laine blanche, plus un bigot, un bigue, une hache, un pot de fer et un poillon de cuivre jaune et finallement au fon dud coffre bois de noyer et dans une poche en toille il si est trouvé une somme de huit cent vingt quatre livres dix huit sols en espèces de treize louis dor de vingt quatre livres chacun un louis dor de douze livres et le restant en ceux de six livres et autre monnoye quest tout ce que led Maignen nous a affirmé avoir trouvé au décès desd Lafon et Appert et desquels meubles et effets or et argent led Maignen sest chargé de tout quoy il nous requis acte ainsi que de lapreciation quil fait desd meubles et effets de la somme de soixante dix livres octroyé
Fait et passé dans lad paroisse de Cubzac maison où sont decedés Lesd lafon et et Appert
En presance de Mathieu Arnaudin et Guillaume Boyé thuillier habitants de lad parroisse temoins a ce requis led Maignen et Boyé temoins ont déclaré ne savoir signer de ce interpellés par moy
Sourget not Royal arnaudin

(11/2013)