Par Monique Lambert

La guillotine, c’est un sujet inépuisable. Nous vous invitons à découvrir quelques textes, une approche complémentaire à tout ce qui a été écrit sur ce sujet concernant la période révolutionnaire.

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Ephémérides de la guillotine sous la Terreur à Bordeaux - publié en 1883

https://bibliotheque.bordeaux.fr/in/imageReader.xhtml?id=h::BordeauxS_B330636101_Br11411R&pageIndex=1&mode=simple&selectedTab=thumbnail

 

Sous le pseudo : G Mirassem, on découvre un médecin, Giraud Marmisse, 59 ans, très engagé dans le monde de la prévoyance (secours mutuels et assurance), on peut lire son portrait, quelques lignes brossées d’une plume alerte, par Adhemard Lesfargues-Lagrange, auteur de « Nos médecins bordelais 1878 » (2ème série) (p.53), consultable sur Gallica. (Il n’est pas interdit de lire les autres portraits esquissés dans l’ouvrage. L’auteur n’a pas peur des mots).

Ne pas négliger les premières pages des Ephémérides, l’introduction. Nous sommes en 1883. Il y est question d’une place, connue par les Bordelais d’alors sous le nom de place Dauphine qui disait-on faisait l’admiration des étrangers. Pendant la Révolution, baptisée place Nationale, elle avait accueilli la guillotine et les foules curieuses de voir tomber les têtes. Or, en ce 18 janvier 1883, la place Dauphine est devenue place Gambetta. Hommage à Léon Gambetta, homme politique qui vient de mourir quelques jours auparavant. Il avait été un adversaire résolu de la restauration monarchique. Or le docteur Marmisse, ce n’est un secret pour personne, affiche des opinions royalistes. Il ne peut se taire.

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Pour lui, ce changement de nom, c’est une injure infligée à la place. Cette dénomination « fait inévitablement raviver les traditions transmises par nos pères à travers trois générations, sur l’ancienne place Nationale de la Terreur ». « L’avenir politique est donc sombre » écrit -il, ajoutant : « la guillotine s’aperçoit donc en épouvantable silhouette dans l’horizon ».

Aussi espère-t-il que « la lecture d’un tableau presque simplement chiffré des assassinats juridiques commis du 23 octobre 1793 au 31 juillet 1794 sur notre splendide place Dauphine rendra odieuse la Gambettisation nominale que nos opportunistes de passage viennent de lui infliger despotiquement ».

Le docteur Marmisse ne perd pas de temps : les Ephémerides de la guillotine sous la Terreur sont publiées quelques mois après le changement de plaque de la place.

Que trouve-t-on dans cet ouvrage ? Des informations sur la composition des commissions militaires présidées par un certain Lacombe de sinistre mémoire. L’auteur évoque un certain Livre rouge portant le nom de quelques dénonciateurs, livre qui aurait circulé avant de disparaître. Sont mentionnés dans les Ephémérides, les uns après les autres, les noms des condamnés, par ordre chronologique. Quelques notes permettent d’en savoir plus. On suivra les déplacements de la guillotine à Libourne en novembre 1794, et son retour à Bordeaux. On déplorera que suite du mauvais fonctionnement de la guillotine et de l’ivresse des bourreaux, les frères Peyrusan, trois exécutions ont été manquées en juin 1794. La dernière tête est tombée le 31 juillet. Après la chute de Robespierre, Lacombe est arrêté, jugé et condamné. « Le 14 août, la foule aux oscillations si capricieuses et si terribles pour les hommes politiques put applaudir à la décapitation de son ancienne idole ». Puis « le bois de justice disparut » jusqu’à l’exécution le 24 octobre d’un complice de Lacombe.

On y apprend également qu’une guillotine à 4 tranchants avait été construite. Non utilisée, elle a été détruite et brulée par des manifestants.

Ephémérides des jugements de la commission militaire sous la Terreur à Bordeaux - paru en 1883

Consultable sur Gallica :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9613107q?rk=21459;2

En complément des Ephémérides des guillotinés, le docteur Marmisse a publié la même année Ephémérides des jugements de la commission militaire sous la Terreur à Bordeaux. « Nos premières éphémérides ne s’étant occupées que des têtes, les secondes ne s’occuperont que de la bourse, ou de la détention ou de l’exposition, etc. » précise l’auteur.

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Dans cet ouvrage il n’y a pas de condamnation à mort. La menace de la guillotine est cependant présente. Lorsqu’elles passent en jugement les personnes peuvent être condamnées à mort ou échapper à la guillotine. Celles dont on peut lire les noms ici sont acquittées, condamnées à des pénalités financières ou à la détention pour une durée variable. Il y a des condamnations au fers (ils sont envoyés aux galères). Une note sibylline accompagne certains jugements : « Renvoyé à plus ample informé ». Elle laisse espérer une issue heureuse. Ainsi en a-t-il été du personnel de deux troupes de comédiens dont celle du Grand Théâtre. Ont bénéficié aussi de la même clémence les deux bourreaux coupables d’ivresse (voir p 109). Les « deux augustes fonctionnaires… durent continuer leurs sanguinaires fonctions ».

Et bien souvent sont insérées des petites notes : à peine cachés, ce sont les noms des dénonciateurs.

L’ouvrage se termine par le jugement rendu par la nouvelle commission militaire réunie à Bordeaux qui condamne Lacombe.

Nettoyer la guillotine

Un témoignage à lire dans un document téléchargeable sur le site : "1886 Bordeaux Montaigne".

https://1886.u-bordeaux-montaigne.fr/items/show/9080

Les ursulines de Bordeaux pendant la Terreur et sous le Directoire par l’abbé Pierre Lelièvre - 1896

On peut découvrir pages19 et 20 de l’ouvrage le coût de l’opération.

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Le tranchant de la guillotine dans un petit réduit sous l’escalier

Le 30 septembre 1796, les commissaires de police se sont rendus dans la maison de l’exécuteur pour en faire inventaire.

Voici le texte :

Aujourd’hui huit vendemiaire lan cinq de la République

Nous commissaire de police soussigné nous sommes rendus à la maison de l’exécuteur près le Tribunal Criminel pour y procéder un état général de tous les effets mobiliers qui sy pouvant sy trouver et ce par ordre de l’administration municipale et a lad avons trouvé.

Premièrement a la chambre ou il couchait une paillasse deux traiteaux, un drap de lit, quatre planches, une paire bénitier cristal, une table bois de sapin, trois bouteilles dont deux petites et une moyenne, un pot fayance blanche, une assiette fayance avec du sel, une grande cuillère en bois, un saladier fil de fer très uzé, un bidon, une baguette de fuzil, deux bouteilles dont une longue et l’autre bastide, un pot de chambre et qu'enfin deux petites chese bois de saule garnies de paille, trois petites clefs et de suite sommes passés dans la sale et y avons trouvé une marmite avec son couvert, un mortier de marbre avec son pilon, quatre cuillers d'étain, quatre assiettes fayance, une petite jatte, un petit plat terre et qu'enfin deux entonnoirs un grand,et un petit, une petite ache une echauffette au fer, un batoir de bois, un pot a faire la souppe, onze bouteilles verre grandes ou petites, un marteau de fer petit avec son manche de bois, une poele à frire, un petit miroir, deux essuymains, environ trois livres charbon deux petites evergettes.

Plus au rez de chossée de laditte maison avons trouvé dans un petit reduit et sous lescalier le tranchant de la guillotine, une grande peau, un paquet cordes, deux éperons, une echeveau fil grossier et un peu du bois a bruler + et n'ayant trouvé autre chose absolument avons clos et fait le présent état le jour et an que dessus.

A Foulquier Anceny comis de police

+ un bâton ou se trouve une lame d’épée dedans

A Foulquier

 

Document trouvé dans le fonds Calvet sans aucun commentaire concernant son origine - (Archives Bordeaux Métropole)

AMB 65 S 44


 (06/2021)