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Comment les jeunes en Bordelais, apprenaient-ils un métier, une pratique qui pouvait déboucher sur un « état » ? C’est une esquisse des modalités d’apprentissage au XVIII éme siècle qui est proposée ci-dessous. Cette rubrique est destinée à évoluer en fonction de certaines données, parfois inattendues relevées dans certains contrats.
En annexe, quelques contrats sont proposés.

La signature d’un contrat d’apprentissage devait, en principe, être bénéfique pour les deux parties : le maître et l’apprenti (ou son représentant). Pour le maître, il recevait une somme d’argent pour prix de l’apprentissage et il tirait profit d’une main d’œuvre bon marché. Quant à l’apprenti il bénéficiait d’une formation professionnelle tout en étant le plus souvent nourri, logé. Il arrivait qu’il ait possibilité de gagner un peu d’argent.
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Des conditions pour entrer en apprentissage ?
Les communautés de métier régies par des statuts (les corporations à Bordeaux notamment) prévoyaient pour les apprentis des conditions d’âge, une limitation de leur nombre en boutique, une durée pour leur formation et souvent le montant d’un droit d’entrée. Plus tard pour démontrer leur capacité il leur fallait confectionner un « chef d’œuvre ».
Pour les autres métiers, il semble y avoir moins d’exigences. Ainsi, dans les contrats l’âge n’est pas toujours précisé, ce qui semble prouver que ce critère d’admission n’était pas retenu. La consultation de nombreux contrats laisse à penser que les apprentis étaient âgés de 14 à 18 ans. Certains documents font apparaître que les jeunes hommes postulant pour un apprentissage avaient exercé auparavant d’autres métiers.
Quelques rares contrats concernaient des filles pour des métiers liés aux vêtements.

La signature du contrat
Cela se passait le plus souvent dans l’étude du notaire.
Il s’agissait d’un accord entre deux parties : le maître et le représentant de l’apprenti. Ce dernier peut être le père, le plus souvent, ou la mère si elle est veuve. Ce peut être aussi une personne ayant reçu procuration. Il arrive que le futur apprenti, majeur, signe lui-même le contrat.
Avant la signature, il avait eu négociation pour se mettre d’accord sur la nature du métier enseigné, sa durée, son coût. Il fallait prévoir les cas de maladie, d’absences, et préciser les obligations des uns et des autres, etc.

Les obligations économiques des parties
  • La durée de l’apprentissage s’avérait variable suivant les métiers - de 18 mois à 6 ans.
  • Le prix de l’apprentissage était fixé d’un commun accord par les parties. Paiement en espèces, parfois en nature (barrique de vin). En une fois ou en plusieurs termes. Il a été noté dans certains cas que des apprentis qui avaient fait leurs preuves avant l’apprentissage soient dispensés de payer. Ce qui pouvait s’expliquer de la part du maître par une garantie de bon travail.
  • Des relations privilégiées entre les parties pouvaient entraîner la gratuité ou des arrangements.
  • Le paiement d’un salaire à l’apprenti pouvait être prévu (un apprenti sur 6 à Bordeaux). Cet arrangement concernait les plus âgés, surtout quand l’exercice du métier requérait une certaine force physique. Dans ces contrats un peu particuliers, l’apprenti n’était ni nourri, ni logé.
  • Ces émoluments pouvaient être payés en plusieurs fois ce qui permettait la constitution d’un petit pécule.
  • Des gratifications, éventuellement, en espèces ou en nature (outils) pouvaient être accordées par le maître.

Les obligations matérielles
Nourriture, logement, entretien du linge, fourniture de matériel, frais de maladie, absences : toutes ces modalités étaient précisées dans la rédaction du contrat. Le plus souvent le futur apprenti sera « nourri et logé » chez son maître.
Il lui appartiendra de « travailler aussi assidument qu’il le pourra au dit métier » ; il aura aussi bien souvent « devoir d’obéissance à la femme du maître ».

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Quant au «maître », il devra apprendre le métier au jeune garçon et se comporter en bon père de famille.

L’éventualité de la maladie du jeune, parfois loin de sa famille, est mentionnée. Dans la majorité des cas, le chiffre de 8 jours de maladie est retenu. Le maître devait assurer soins et médicaments. L’apprenti très malade, sans famille proche, devait solliciter l’admission à l’hôpital.

Les journées de maladie perdues devaient être récupérées en fin de contrat.

Les absences, les contrats les prévoyaient. Dans certains métiers, elles été tolérées, pendant un certain temps. Il s’agissait de métiers très qualifiés où il y avait peu de remplacements possibles. Dans la plupart des actes, il était prévu que le père de l’absent trouve un remplaçant « à capacité égale » ou paye le salaire correspondant.

 La résiliation d’un contrat était possible, en cas de force majeure (décès de l’apprenti, de son maître, etc.)

Dans la pratique les auteurs qui ont travaillé sur le sujet constatent que l’adolescent apprenait certes un métier mais qu’il lui appartenait d’exécuter quelques corvées : balayage, nettoyage, ouverture et fermeture des portes, entretien du poêle en hiver, etc. Et bien souvent il participait aux tâches ménagères du foyer dans lequel il vivait.
Il est observé que « l’impression de dépendance se trouve confirmée à travers les contrats : sur les plateaux de la balance, les droits du maître et les devoirs de l’apprenti pèsent plus lourds que les devoirs du maître et les droits de l’apprenti (1) ».

(1) Cocula (Anne-Marie), « Contrats d’apprentissage à Langon et autour de Langon dans la seconde moitié du XVIIIème siècle », Revue historique de Bordeaux, 1971, p. 108-124.

Pour en savoir plus :

Gallinato (Bernard), Les corporations à Bordeaux à la fin de l’Ancien Régime, PUF, 1992.