Par Monique LAMBERT

Cadillac (2200 habitants), une très petite ville active : son port, sa bastide, son asile d’aliénés, son château transformé en prison pour femmes et… son commissaire de police, un certain Pierre Adolphe Rossin, 49 ans. C’est un fonctionnaire zélé. En quelques lignes, il a présenté quelques-uns des habitants de Cadillac. Ils étaient soupçonnés d’idées subversives.

La France connait alors ce que les livres d’histoire nomment « l’Empire autoritaire ». Napoléon III a institué un régime qui limite les libertés publiques. Or, L’année 1857 voit l’élection de 5 députés de l’opposition. Puis il y a l’attentat d’Orsini le 14 janvier 1858. Inquiétude du pouvoir. Les préfets reçoivent l’ordre de multiplier la surveillance des gens suspects d’opinions défavorables au régime.

Pierre Adolphe Rossin, commissaire de police n’est pas d’ici, mais de Fontainebleau son père (chevalier de la Légion d’honneur) avait été commissaire de police. Il a été en poste à Blaye en 1855. A la demande du préfet, il rédige une note synthétique présentant certains habitants de Cadillac, note conservée aux archives départementales sous la cote 1 M 380, avec beaucoup d’autres.

En effet, sous cette cote et les suivantes sont répertoriés, par ordre alphabétique, les surveillés politiques ainsi que les hommes classés« non dangereux », « peu dangereux » et « très dangereux » : 850 fiches ou documents à consulter. Une mine !

 hommes dangereux 01v

Dessin de Maignan

http://inventaire.aquitaine.fr/decouvertes-de-laquitaine/gironde/cadillac-pittoresque-le-regard-dhenri-maignan-1815-1900/pour-en-savoir-plus/

Elles apportent quelques éclairages non seulement sur le profil des suspects ou condamnés mais aussi sur les sociétés secrètes et les modalités de la surveillance exercée sur certaines personnes.

En ce qui concerne la note de Cadillac, on peut remarquer l’absence des femmes. Parmi les hommes suspectés, jeunes et vieux, on peut observer que, bien intégrés, ils ont tous un métier, parfois honorable. Quelques propriétaires. On note des opinions partagées entre gens de la même famille.

Bailly Jean (Jeune) 

Sellier-bourrelier, demeurant à Cadillac, en ville ; né le 23 février 1820. Donne dans les idées socialistes, comme quelques autres jeunes ouvriers de son âge qui viennent faire la conversation chez lui. Sa conduite est peu régulière, il a été poursuivi à l’occasion de tapages nocturnes et s’est toujours tiré d’affaire par l’adresse qu’il a eu, tout en poussant des camarades au mal, de disparaître à temps. Il est sournois et serait dangereux à l’occasion.

Barreyre (Alphonse)

Greffier de la justice de Paix demeurant à Cadillac, en ville ; né le 18 septembre 1816. C’est de tous les socialises de la ville, le plus effronté et le plus dangereux. Aux élections et dans toutes les occasions, il affiche son opposition au Gouvernement avec un cynisme révoltant. Il est d’autant plus en état de soulever les mauvaises passions qu’il joint à un caractère foncièrement méchant l’influence que lui donne son emploi sur beaucoup de gens du canton. Dans des temps de désordre, il irait jusqu’à la cruauté s’il pouvait espérer l’impunité. Son chef, monsieur le Juge de Paix, sait de quoi il est capable et, s’il ne l’a pas fait connaître à l’autorité supérieure, on ne peut attribuer son silence qu’à de la faiblesse et à la crainte que lui inspire un homme qu’il sait vindicatif et capable de tout.

Berry (Pierre Henry)

Menuisier demeurant à Cadillac en ville ; né le 30 mai 1816. Ivrogne, fainéant, capable de tout, le bien excepté. Du reste, sous influence et se trainant à la remorque de Barreyre et autres. Peu dangereux par lui-même, quoique bien mal intentionné.

Bonnefoux (Auguste)

Propriétaire demeurant à Cadillac, en ville ; né le 15 octobre 1816. Plus bête que méchant ; est peu dangereux bien qu’imbu des idées socialistes avancées et fréquentant ceux de l’opinion.

Bouchet (Valentin), fils

Sabotier-perruquier, demeurant à Cadillac, en ville ; né à le 3 novembre 1832. Fainéant et débauché ; plein de mauvais vouloir et désireux de bien vivre sans travailler. N’ayant rien à perdre, le partage des propriétés d’autrui lui sourirait beaucoup.

Bousquet (Jean), aîné

Pharmacien demeurant à Cadillac, en ville ; né le 3 février 1816. Socialiste très avancé, d’une humeur sombre et capable de pousser au mal. En temps de troubles, il serait dangereux.

Carcaut (Bernard)

Epicier demeurant à Cadillac, en ville ; né le 20 juin 1828. Socialiste avancé, têtu et tant soit peu docteur, non dangereux pour lui-même, mais disposé à tout faire au commandement des chefs du parti.

Chaigné Pierre

Tonnelier demeurant à Cadillac hors ville ; né le 25 janvier 1808. Brutal et homme d’action, prêt à exécuter les ordres du parti rouge auquel il est dévoué aveuglément.

Charriaut (Antoine)

Ex huissier, président de la société de bienfaisance dite de l’Assomption, demeurant à Cadillac, lieu du Pourret ; né le 20 avril 1820. L’un des plus ardents du Parti socialiste, d’autant plus dangereux qu’il est très fin et sait exciter les mauvaises passions, évitant de se connaitre personnellement. Il jouit d’une popularité redoutable par l’emploi qu’il en ferait à l’occasion au profit de l’ambition qui le ronge. C’est le neveu et l’intime du fameux Marcellin Lafitte de Gabarnac dont il guigne l’opulent héritage ; il est aussi gendre de l’illustre Lafitte ainé avec qui il demeure.

David (Jean), dit Jeanty

Tonnelier, demeurant à Cadillac, hors ville, né en 1794. Socialiste dévoué aux meneurs du parti et disposé à suivre leurs inspirations quelles qu’elles soient. Homme d’action.

David (Jean)

Tonnelier, demeurant à Cadillac, hors ville ;né en 1788. La note précédente lui est entièrement applicable avec un surcroît de méchanceté à signaler ; très dangereux.

David (Jacques), fils

Tonnelier demeurant à Cadillac, hors ville ; né le 30 octobre 1819. Fils et neveu des deux précédents dont il partage les idées exaltées, augmentées encore du feu de sa jeunesse.

Delcros (Pierre), aîné

Marchand quincailler, demeurant à Cadillac en ville ; né le 23 février 1797. Ex-maire de la fabrique du gouvernement provisoire. L’un des docteurs du parti socialiste. Autrefois des réunions avaient lieu chez lui et son influence était grande ; aujourd’hui il est passé à l’état de vieille ganache et quoique sa mauvaise volonté et son hostilité subsistent toujours au même degré, sa prépondérance va en déclinant. Il est en relation avec les démocrates du dehors.

Delcros (Jean), dit Jeanty

Marchand de barriques, demeurant à Cadillac, en ville ; né le 16 germinal an X (6 avril 1802). Partage entièrement les opinions socialistes du précédent et est comme lui dévoué à l’anarchie.

Delcros (Paulin), fils

Ferblantier, demeurant à Cadillac en ville ; né le 15 octobre 1826. Encore plus dangereux que ses oncles dont il partage la manière de voir ; il y joint l’exaltation de la jeunesse avec un fond d’orgueil et de méchanceté de race.

Depiot (Simon)

Marchand et agriculteur, demeurant à Cadillac, en ville ; né le 18 nivose an 2(7 janvier 1794). En sa qualité de banqueroutier, c’est un des plus ardents coryphées de la démagogie, si riche de personnages non moins recommandables. Celui-ci, être hargneux, méchant et vindicatif est tout dévoué au prosélytisme de la cause socialiste ; c’est un homme on ne peut plus dangereux, en relation avec les adeptes de l’extérieur. Il a toutes les allures d’un colporteur de mots d’ordre dans l’intérêt du désordre.

Desbats (Jean Alexis)

Propriétaire demeurant à Cadillac, hors ville ; né le 22 octobre 1796. Ce serait une bien grave erreur de considérer le sr Desbats comme un socialiste ; il est trop riche, trop partisan des écus, trop avare et trop peu sympathique aux pauvres, pour ne pas regarder le partage des biens comme l’utopie la plus stupide. Sa seule opinion est de thésauriser et si, malgré la soif de l’or poussée à la férocité, il vote avec les rouges, c’est uniquement pour faire pièce à ceux de ses ennemis personnels qui sont partisans de l’Empire. Il l’a très spirituellement confessé aux dernières élections, et il a dit vrai.

Donnadieu (Antoine)

Marchand de parapluies, demeurant à Cadillac, en ville ; né le 5 septembre 1808. Ses fréquentations habituelles avec les socialistes exaltés et sa rage de déblatérer contre les actes de l’autorité, le font regarder comme grand partisan du désordre. Il est sournois et assez fin pour éviter de donner prise sur lui ; il n’en serait que plus dangereux à l’occasion.

Dubois (Jean), dit Jeantille

Marchand boucher, demeurant à Cadillac en ville ; né le 17 juillet 1781. Ce vieillard est foncièrement méchant ; il partage toutes les idées subversives de son gendre, le sr Eugène Dupas, ferblantier ou lampiste. S’il était plus jeune, il serait très dangereux.

Dubouil (Raymond)

Marchand de chaussures, demeurant à Cadillac en ville ; né le 7 mars 1804. Ex-cordonnier, régisseur révoqué de l’octroi de Cadillac, défenseur officieux et stupide près de la Justice de Paix qu’il assomme des plus incroyables barbarismes. Cet individu est un socialiste de l’école de Barreyre, Charriaut et compagnie ; outrant son modèle avec une morgue comique, il prêche aux paysans qui recourent à son éloquence une sorte de doctrine démocratique qualifiée de Positivisme. Il est très possible que son amour pour l’égalité se soit refroidi par suite d’un héritage d’une soixantaine de mille francs qui vient de lui échoir du chef de sa femme. Il ne pourrait maintenant que perdre au partage des biens ; partager est bon quand on est gueux.

Dubourg (Clément)

Horloger, demeurant à Cadillac, en ville ; né le 6 octobre 1829. Socialiste effronté et insolent, affectant des airs de bravache qui a fait de la propagande aux dernières élections. On ne sait si le mariage qu'il vient de contracter avec une fille de bonne famille de Cadillac modifiera ses allures impertinentes et ses idées subversives. Quant à moi, je ne le crois pas et je le tiens pour un méchant et incorrigible drôle.

Ducasse (Joseph, Emile)

Huissier, demeurant à Cadillac hors ville ; né le 2 août 1832. Partage les idées socialistes de son patron et prédécesseur, Charriaut, avec lequel il est très lié et qu’il tient pour un oracle.

Dufourc (Charles)

Tonnelier et cafetier, demeurant à Cadillac, en ville ; né le 3 octobre 1814. Socialiste patelin, évitant avec soin toute démonstration compromettante. Depuis longtemps, nous veillons sans succès son café où, suivant les rapports, il a fait ou laissé jouer de l’argent ; si, comme je le crois, cet abus ne s’y pratique plus, on le doit à la surveillance dont il se sait l’objet et à la crainte qu’il a de voir fermer son établissement.

Dupas (Eugène), gendre Dubois

Ferblantier-lampiste, demeurant à Cadillac, en ville ; né le 5 octobre 1818. Celui-ci est un socialiste enragé, à mettre sur la même ligne que le greffier Barreyre ; comme lui, il est très dangereux et serait homme de sang à l’occasion. Ses opinions subversives ne sont, du reste, un secret pour personne, car, loin de s’en cacher, il en tire vanité et a toujours à la bouche quelque mot sarcastique contre l’ordre de choses actuel où percent ses espérances de réussite de son parti pour l’avenir.

Felon (Pierre)

Coutelier, demeurant à Cadillac, en ville ; né le 9 août 1807. Type de la brute ; fainéant, ivrogne, grossier, capable de tous les excès. C’est un socialiste très dangereux qui ne reculerait pas devant un forfait, pour peu qu’il entrevît l’impunité.

Felon (Jacques), frère du précédent

Tonnelier, demeurant à Peytoupin, commune de Cadillac ; né le 14 novembre 1816. Il a tous les vices de son aîné, si ce n’est qu’il ne possède pas celui de la paresse, au même degré ; il n’est guère moins dangereux. Je l’ai récemment surpris et fait condamner à la prison pour s’être donné, à minuit, le passe-temps de réveiller les Cadillacais à coup de fusil.

Gerbeau (Jean)

Couvreur, demeurant à Cadillac, en ville ; né en 1832. Ami et locataire du positiviste Dubouil dont il partage les opinions exagérées, en les outrant encore plus que son modèle. C’est une espèce de faquin faisant le beau diseur (il sait à peine lire et écrire) et affectant de regarder avec mépris du haut de sa grandeur (environ 1m55) les Magistrats et employés du gouvernement. Je le tiens pour méchant et fort mal intentionné. Il est agaçant.

Lafitte-Dupont (Alexandre)

Propriétaire, demeurant à Cadillac, en ville ; né le 7 juillet 1791. Beau-père du jeune Delcros dont il partage les idées subversives ; moins méchant, cependant et moins dangereux que son gendre.

Lafitte (Pierre), aîné

Maître taillandier, beau-père de l’ex-huissier Charriaut, demeurant à Cadillac, lieu du Pourret ; né en 1797. Socialiste outré, comme son gendre et comme son frère Marcellin Lafitte, propriétaire à Gabarnac. Il va sans dire que les ouvriers de son usine sont stylés pour lui et les siens aux idées les plus démagogiques. Mais ce qui fait la plus grande gloire de Lafiitte aîné, à son sens du moins, c’est l’art du mensonge dont il se vante d’avoir reculé les limites par une incessante pratique. Aussi a-t-il l’esprit constamment tendu à la recherche de gasconnades les plus outrées ; quand il a en a enfin laborieusement rencontré, il les débite avec un aplomb magnifique et c’est pour lui une jubilation extrême de voir ajouter foi à ses inventions saugrenues. Il pousse cette manie au point d’assaisonner des mensonges absurdes les plus sérieuses conversations.

Lenourichel (Auguste), fils

Chapelier, demeurant à Cadillac, en ville ; né en 1799. Socialiste exalté, méchant, sournois et capable de se porter à des excès. C’est un orateur démocratique de bas étage.

Lenourichel (Gustave), fils

Chapelier, demeurant à Cadillac, en ville ; né le 4 janvier 1896. A tous les vices de son père, à un degré encore plus dangereux en raison de sa jeunesse. C’est un poil rouge, tout bon ou tout mauvais.

Lescure (Benoist)

Cordonnier, demeurant à Cadillac, en ville ; né le 28 avril 1798. Socialiste exalté, gueux et très partisan du partage des propriétés d’autrui.

Papou (Dulcide), fils

Serrurier, demeurant à Cadillac, en ville ; né le 8 septembre 1825. Cet homme, dans la force de l’âge et très bon ouvrier est assez dépourvu de cœur pour ne pas travailler de son état ; il souffre que sa femme le nourrisse à ne rien faire, du produit de sa profession de modiste. Aussi rêve-t-il des temps fortunés et impossibles où l’on aurait tout à satiété, sans peine ni labeurs aucuns. Le socialisme devant nécessairement amener ce délicieux état de choses, Dulcide Papou est un adepte fervent de ses bienheureuses doctrines ; il l’a prouvé par ses menées aux dernières élections.

Saint-Blancard (Michel), père

Maréchal-ferrant, demeurant à Cadillac, en ville ; né en 1805. Socialiste brutal et ivrogne, il est méchant et figurerait volontiers dans une scène de désordre.

Saint-Blancard (Romain), fils du précédent

Maréchal-ferrant, demeurant Cadillac, en ville ; né le 11 mai 1835. Le jeune homme n’a rien à envier à son père ; aux vices de celui-ci, il joint une plus grande insolence et serait à craindre en temps de troubles par son exaltation. Déjà condamné pour querelles et tapages nocturnes.

Saint-Blancard (Pierre)

Maréchal-ferrant, demeurant à Cadillac, hors ville ; né le 4 février 1819. Encore plus méchant, plus brutal, plus insolent et plus exalté que les deux précédents, ses cousins, et conséquemment encore plus partisan des bouleversements que ceux-ci. Il a quelque chose du tigre dans les allures.

Valentin (Léonce)

Charpentier et cabaretier, demeurant à Cadillac, lieu de l’Hermitage ; né le 8 février 1811. Socialiste exalté, dissimulant son mauvais vouloir sous des formes patelines ; c’est un homme faux et un fripon qui ne recule devant aucun moyen pour s’approprier ce qu’il convoite. Il est très dangereux.

Vignes (Marcellin)

Plâtrier, demeurant à Cadillac, en ville ; né le 2 février 1821. La semence du socialisme est tombée en bonne terre ; gendre de l’agriculteur Depiot, Vignes a bien profité des leçons de son beau-père ; ils ne valent guère mieux l’un que l’autre. C’est dire que Vignes est un de nos plus exaltés et dangereux démocrates.

Il y a à Cadillac encore beaucoup d ‘autres socialistes que ceux-ci ci-devant désignés.

Nous bornons nos indications aux plus dangereux pour leur exaltation, leur influence et leurs relations.

Quant aux autres, bien que redoutables par leur nombre, ils ne sont pas hommes d’initiative. Mais il serait très facile aux meneurs de les pousser aux plus grands excès, surtout en leur faisant entrevoir quelque chance de réussite et d’impunité.


 (03/2021)

 Par Monique LAMBERT

Un regard très critique sur la prison de Langon.
C’est celui de Grassi, médecin des Epidémies, appelé dans cette ville de 3000 habitants pour donner son avis sur une maladie inquiétante. On peut lire deux rapports rédigés pour répondre à cette préoccupation sur le Site Cahiers d’archives. Rubrique Santé : 1810 - Epidémie à Langon et les prisonniers espagnols.

Qui était Grassi ?

https://www.sudouest.fr/2013/01/15/la-longue-vie-du-docteur-de-grassi-934664-2780.php

Homme aux champs d’intérêts multiples, ce médecin se préoccupait des conditions de vie des prisonniers. Aussi s’est-il rendu à ce qui servait de prison. C’était au cœur de la ville, sur une place triangulaire, visible sur la carte ci-jointe. Ce local était-il pire que d’autres ? Grassi en fait un tableau horrifique comme on peut le lire ci-dessous.Grâce à lui trois prisonniers ont été extraits de ce lieu maléfique et envoyés à l’hospice où l’un d’eux est décédé. Un certain Jean Hourcaut, originaire de Saint-Martin-de-Hinx (Landes), condamné à trois ans de travaux publics, n’a pas eu cette chance. Il est décédé en prison.
 laprisondelangon

Prisons de Langon

Dans le centre de la ville et sur l'un des côtés d'une petite place triangulaire, l'on voit une espèce de hangar profond, séparé de la place par une grille de fer, entouré latéralement de murs élevés appartenant aux maisons voisines, couvert par une longue toiture, et destinée à servir de halle dans les marchés qui ont lieu certains jours de la semaine.
Au fond de ce lieu inaccessible aux rayons du soleil, l'on aperçoit l'escalier qui conduit à la Mairie et, de chaque côté, l'on découvre l'entrée des prisons.
Elles sont au nombre de deux : la plus grande située à gauche est voûtée en plein ceintre, et a 17 pieds de long sur 16 pieds 6 pouces de large : sa plus grande hauteur sous clef est de 9 pieds, 6 pouces. La petite, placée à droite a 13 pieds 6 pouces de long, sur 8 pieds 6 pouces de large, et 10 pieds6 pouces sous plancher.
Le sol de ces prisons est de deux pieds en contrebas de celui de la halle et de 7 pieds de celui de la cour Partarrieu qui est étroite, entourée de hautes murailles, et reçoit les vidures de plusieurs boucheries.
Chacune de ces prisons a un soupirail sur la cour précitée ; celui de la grande a d'ouverture extérieure 1 pied de large sur 10 pouces de haut ; celui de la petite, a la même hauteur, mais le double de largeur ; et il est impossible de les agrandir.
C'est dans ces réduits ténébreux, et resserrés, dont l'air plus ou moins stagnant est toujours humide, que sont renfermés et souvent entassés, non seulement les criminels mais encore les conscrits réfractaires conduits par la Gendarmerie de Brigade en Brigade.
Le manque de latrines y est suppléé par des baquets portatifs, où les matières fécales retenues souvent plusieurs heures dans le jour, et ordinairement toute la nuit, exhalent une odeur fétide qui vient encore ajouter à l'infection, comme si les circonstances locales n'étaient pas suffisantes pour rendre malsain le séjour de ces lieux.
Peut-on rappeler sans effroi que dans le premier cachot qui n'offre pas huit toises cube d'air atmosphérique à respirer et que deux détenus n'habiteraient pas quelques jours sans altérer leur santé, l'on a cependant été forcé d'y accumuler plusieurs fois trente à quarante-cinq individus.
Rien de plus fort ne peut être cité dans ce genre que l'exemple frappant qui arriva en 1745. cent quarante-cinq soldats anglais, faits prisonniers par le vice-roi du Bengale (en Asie), furent enfermés dans une prison de 18 pieds carrés qui n'avaient que deux ouvertures. L'air y devint tellement infect que le tiers de ces malheureux périt en 3 heures - le nombre des morts s'éleva à 119 dans l'espace de 12 heures.
Le lendemain matin, il n'en restait plus que 23 dont plusieurs moururent de la fièvre des prisons.
Il est généralement reconnu par les médecins observateurs que les seuls effluves de l'homme sain peuvent acquérir une virulence extrême, lorsqu'ils sont longtemps retenus dans un même lieu et que leur dégénérescence est de plus favorisée par la chaleur et l'humidité.
Ces vapeurs dans un état de croupissement et de condensation, sont non seulement nuisibles, mais deviennent même quelquefois promptement mortelles. Elles ne bornent pas toujours leur action délétère qui s'y trouvent plongés ; elles pénètrent encore leurs vêtements, le bois, les murs ; en un mot tout ce qui se trouve dans leur sphère d'activité. Trois individus sains, mis en dépôt dans l'une de ces prisons le 4 février, jour de mon arrivée à Langon, en ont été retirés 24 heures après avec de la fièvre et le délire, pour être transportés à l'hôpital.
Les miasmes se répandent bientôt dans le voisinage, infectent ceux qui les inspirent, développent rapidement des maladies contagieuses, dont le caractère est grave et les dangers sont souvent incalculables.
On se rappelle encore avec douleur de la mort du Maire de Langon, d'un Percepteur, d'un Employé et de trois concierges, victimes du méphitisme de ces prisons. En vain voudrait-on les désinfecter par le procédé guytonien, son effet ne pourrait être que passager, puisque les causes propres à reproduire les émanations délétères et contagieuses semblent réunies pour perpétuer dans ces cachots les germes de la maladie et de la mort
Le seul moyen efficace de prévenir tant de maux est d'établir d'autres prisons qui puissent concilier ce que l'on doit à l'humanité, au bon ordre et à la sureté des habitants de Langon. C'est le vœu des autorités locales, du Comité de salubrité et de tous leurs concitoyens.
Ils viennent appeler de nouveau votre sollicitude sur cet objet important et sont pleins de confiance en vous, Monsieur le Préfet, dont le désir le plus ardent est de contribuer au Bonheur de vos administrés.

Grassi médecin des Epidémies
A Bordeaux, le 8 février 1810
ADG 4 N 132

La suite ? Une nouvelle prison a été construite quelques années plus tard. La bibliothèque actuelle semble avoir été aménagée sur l’emplacement d’une ancienne prison. Toute information complémentaire serait la bienvenue.

par Daniel Salmon - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Il y a deux cents ans, très exactement le 27 septembre 1815,  les frères Faucher, jumeaux nés à la Réole, traversent à pied, en se donnant le bras, une grande partie de la ville de Bordeaux.

Ils ont quitté le Fort du Hâ, leur prison, vers 9 heures. A 55 ans, ils se ressemblent étrangement. Ils sont vêtus de la même façon : une simple camisole blanche et ont la tête nue. Leur extraordinaire destin va se terminer tragiquement aujourd'hui.
Les gendarmes et la garde nationale les entourent, en un sinistre cortège. Très calmes," les traits remplis d'une douce sérénité" (1), ils font un signe à leurs amis venus les soutenir le long du trajet. Condamnés à mort depuis la veille, ils marchent vers le " champ de pourpre " (1).
 Arrivés sur place, ils refusent de se laisser bander les yeux, César Faucher commande le feu ; tous deux tombent, devant les gardes royaux à cheval et la légion de Marie-Thérèse, convoqués pour l'occasion. La salve est saluée par les hurlements de la foule (2).
freresfaucher01

 

Constantin et César Faucher, nés le 12 septembre 1760, sont les " jumeaux de la Réole ". Leur carrière militaire hors normes reflète toutes les évolutions de l'époque. Engagés volontaires en 1792 pour combattre la révolte royaliste en Vendée, ils sont blessés plusieurs fois ce qui leur vaut d'être nommés ensemble généraux de brigade le 11 octobre 1793.
 Accusés d'avoir regretté la mort de Louis XVI, ils sont condamnés à mort une première fois.
Sauvés de justesse par Thermidor, ils sont réintégrés dans l'armée. Mais ils démissionnent quand Napoléon est sacré empereur.
Les frères Faucher exercent alors les fonctions civiles de maire et sous-préfet de La Réole. Ils s'engagent à nouveau dans l’armée pendant les Cent Jours, pour s'opposer au retour des royalistes.
 Après un procès inique, où pas un avocat n'a voulu les défendre, ils sont condamnés à mort le 26 septembre 1815 par le tribunal militaire de Bordeaux.
 
Ils sont inhumés à la Chartreuse de Bordeaux. Depuis leur mort le lieu précis de leur sépulture est inconnu.
En novembre 1837, J.M. Cortot se promène dans le cimetière (3). Arrivé dans la 7° division il rencontre le fils du gardien à qui il demande où sont enterrés les frères Faucher. Ce dernier lui montre une longue pierre. En écartant les herbes qui la recouvrent Cortot découvre une inscription au couteau "Ci gisent les jumeaux de La Réole, victimes de la Royauté en 1815". Il déplore qu'il n'y ait "pas un seul indice pour montrer à l'étranger la place où reposent les frères Faucher et cependant l'histoire de leur mort est un feuillet sanglant qu'on ne peut arracher de notre histoire".
Martin et Ferrus dans leur livre sur la Chartreuse de Bordeaux (4) publié en 1911, rapportent que sur le registre d'entrée figure à la date du 27 septembre 1815 : "Les messieurs Faucher, fusillés ". Le 27 septembre 1830, on a posé sur le lieu de l'inhumation la première pierre du monument qui devait être élevé grâce à une souscription publique (5). Du monument on ne connait que le dessin (illustration ci-dessous).
 freresfaucher02


 Il ne se fera jamais. Mais pour Ferrus une tombe existe bien. Une photo en est même publiée. L'administration du cimetière prétend que ce tombeau appartient à M. de Maupassant, directeur des contributions directes.
Curieusement, un plan édité par l'administration du cimetière dans les années 80 précise l'emplacement du tombeau des frères Faucher : 2° série, N°61 bis. Je ne l'ai pas trouvé à cette adresse.
Le nom des frères Faucher ne figure pas dans le remarquable guide " le chant des morts " (6). Quant au site " cimetières de France et d'ailleurs " il ne parle plus que d'une présence " symbolique ".
_____________________________________________________________
Sources

  1. Le champ de pourpre était le lieu des exécutions militaires. Il était situé près de la rue Judaïque et proche de la rue qui aujourd'hui porte le nom   des frères Faucher.
  2. Article de Shenandoah Davis sur le site : la maraichine normande
  3. La mosaïque du midi. 1838.
  4. Maurice Martin et Maurice Ferrus : la Chartreuse de Bordeaux. Bibliothèque de Bordeaux.
  5. Projet de monument aux frères Faucher. Bibliothèque de Bordeaux.
  6. " Le chant des morts " Guide des cimetières de Bordeaux. Prévot et Lassere. Sans date (vers 1995)

(11/2015)

Les frères Faucher sont-ils toujours à la Chartreuse  (suite) ?

Le hasard est l'ami du curieux. A peine l'article sur la sépulture des frères Faucher était-il publié sur le site cahiers d'archives que je trouvais à Saint Michel le " Bordeaux pittoresque " de Maurice Ferrus (deuxième série) publié en 1911. L'auteur y expose les détails de l'enquête qu'il a menée sur l'emplacement du tombeau des deux frères.

 A la Toussaint 1909, les bordelais qui se promènent au cimetière de la Chartreuse s'arrêtent devant un petit monument situé du côté de la rue d'Arès, très précisément dans la deuxième série au " 61 bis ". Sur une colonne une petite affiche à l'encre rouge indique " Aux Frères Faucher condamnés à mort par le conseil de guerre de Bordeaux le 22 septembre 1815, fusillés le 27 septembre 1815. " Une pierre posée sur le socle dissimule – semble-t-il – des noms et des dates. De là à penser que les autorités cherchent à cacher les personnalités qui reposent ici, il n'y a qu'un pas, vite franchi par les témoins présents.

L'inspecteur des cimetières M.Rives se rend sur les lieux. Il apporte des précisions : " Personne n'a jamais trouvé trace du tombeau des frères Faucher  " " Le tombeau concerné est celui de M.de Maupassant; il ne renferme qu'un corps celui d'un certain Barbier."
Pourtant L'indicateur du 27 août 1830 relate la manifestation qui s'est déroulée le 25 août à six heures du soir. Quinze à vingt mille personnes suivaient un cortège se dirigeant vers la deuxième série N° 61 bis de la Chartreuse. Désiré Texier, un grognard ayant perdu son bras à Waterloo portait une couronne " Aux mânes des frères Faucher ".Trente-deux officiers du 55° de ligne le suivaient. Cinq discours avaient été prononcés. Une collecte avait permis de récolter des fonds pour l'érection d'un monument dont le plan avait été réalisé par M.Rochefort, architecte. Le 27 septembre 1830, à midi, jour anniversaire de la mort, la première pierre en était posée.
Ferrus poursuit son enquête mais ne trouvera rien, les archives ayant sans doute disparu dans l'incendie de la mairie en 1864. En revanche il acquiert la certitude que le tombeau contient bien le corps de Barbier. Le bloc de pierre a été enlevé, sur ordre de la mairie, en 1909. Il ne portait aucune inscription.
freresfaucher04

 La tombe photographiée par Ferrus dans son guide de la Chartreuse (1911) a disparu, elle aussi. A l'emplacement du 61 bis deuxième série se trouve désormais une sépulture en marbre, moderne.

Conclusion :
Il est à peu près certain que les corps des jumeaux de la Réole ont bien été déposés dans la nuit du 27 septembre 1815 au cimetière de la Chartreuse.
L'emplacement indiqué est plausible. Rappelons que l'exécution a eu lieu dans le secteur. A l'époque, le cimetière n'avait pas encore été agrandi. On peut penser que les fossoyeurs sont allés au plus proche.
Il est attesté que les derniers fidèles de l'empereur venaient se recueillir régulièrement à cet endroit.
Les multiples changements politiques de la première moitié du XIX° siècle expliquent les revirements successifs des autorités locales et de l'opinion publique. Cette période trouble a connu successivement la fin de l'Empire, les règnes de Louis XVIII, Charles X, Louis Philippe, la deuxième République.
Le souvenir des frères Faucher, exécrés par certains royalistes, adulés par les nostalgiques de Napoléon s'est éteint au fil des temps.

-----
Sources

  1. Maurice Martin et Maurice Ferrus : la Chartreuse de Bordeaux. Bibliothèque de Bordeaux.
  2. Projet de monument aux frères Faucher. Bibliothèque de Bordeaux.
  3. Maurice Ferrus " Bordeaux pittoresque " (deuxième série) 1911.

(01/2016)

 

Par Daniel Salmon. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

La consultation des documents des cours d'assises permet d'apprécier l'évolution de la criminalité et la façon dont la société y a répondu. De nombreuses condamnations à mort ont été prononcées jusqu'en 1981. Toutefois les grâces royales ou présidentielles venaient souvent, au dernier moment, perturber la cérémonie. Seuls les procès-verbaux apportent la preuve matérielle de l'exécution. Le crime de Ramon Carratala, à Bordeaux en 1861, a eu un retentissement considérable. Il a été condamné à mort mais le procès-verbal d'exécution ne figure pas dans les archives de la cour d'assises (1). Pour autant l'exécution ne fait aucun doute.

ramoncarratala01


Le 1° février 1861, Ramon Carratala, employé au consulat d'Espagne à Bordeaux tue à coups de couteau dans la gorge et la poitrine Hermance Clément, dite Jeanne, prostituée, rue d'Arès à Bordeaux, pour la voler. Il est espagnol et a vingt-six ans. Il est condamné à mort le 15 juin 1861, pour assassinat avec préméditation.

Du jour de sa condamnation il écrit l'histoire de sa vie qu'il destine à sa pauvre mère. Elle recevra les papiers et la montre de son fils que l'administration pénitentiaire a eu la délicatesse de récupérer au Mont de Piété. La date de l'exécution n'est pas annoncée.

Le 25 juillet 1861, au lever du jour, des amphithéâtres improvisés s'élèvent autour de la place Saint Julien (2) : bancs, chaises, planches supportées par des tréteaux, échelles à quatre pieds, charrettes, chevaux, tout est mis en usage par des petits malins qui gagnent quelques sous avec la location de ces places, pourtant peu confortables. Le toit d'un petit bâtiment communal, placé au milieu de la place, ploie sous le poids d'une cinquantaine de hardis curieux, tandis que d'autres s'accrochent tant bien que mal aux colonnes de la place ou grimpent le long des réverbères (3). La foule est si grande et si compacte que le détachement du 58° de ligne et les hussards de service peinent à la contenir.

Carratala se confesse plusieurs fois à l'abbé Nolibois, l'aumônier des prisons. Des curieux sont stationnés à la sortie de la prison du Hâ. Puis, sur tout le parcours, jusqu'à la place le sinistre cortège traverse une double rangée de spectateurs, dont, encore une fois, une majorité de femmes. Carratala, est beau et robuste, sa figure est décomposée, et le trouble apparait dans ses yeux.
Arrivé sur place, il gravit à pas lents les degrés de l'échafaud, en chancelant plusieurs fois. L'aumônier l'exhorte en lui montrant le crucifix. Sur la plate-forme, il reçoit la bénédiction du prêtre, baise le Christ et se livre aux exécuteurs. Trois secondes après il est étendu sur la bascule ; on entend un bruit sourd. A six heures cinq minutes tout est terminé. " Le glaive de la loi est tombé. La justice des hommes est satisfaite."

Un dessin a été réalisé par un anonyme. Ce document remarquable montre l'arrivée de Ramon Carratala sur la place Saint Julien (4). L'échafaud était monté à peu près à l'emplacement actuel de la pyramide.

Carratala est bien le dernier exécuté place de la Victoire. Il est enterré à la Chartreuse (5).


Sources et repères

  1. Archives départementales. Cote 2 U 872
  2. Place de la Victoire aujourd'hui
  3. Journal de Toulouse (site bibliothèque de Toulouse)
  4. Collection particulière. Seule représentation connue d'une exécution place de la Victoire.
  5. Maurice Ferrus et Maurice Martin " La Chartreuse de Bordeaux"

(02/2015)

Par Daniel Salmon Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Il est fréquent aujourd'hui d'entendre fustiger les lenteurs de la Justice française. Sous le premier Empire les magistrats se forgeaient une opinion beaucoup plus rapidement. Raymond Maigne, accusé d'un crime commis en mai 1810, est jugé en juin et guillotiné en juillet.

crimecartelegue01


Le 21 mai 1810, Françoise Serviau, part seule au Grand Théâtre. C'est une demi-mondaine, dont le souteneur s'appelle Isidore Royère. Dans la soirée elle rentre chez elle, accompagnée, au 22 cours de Tourny. Vers 4 heures du matin, les voisins entendent une discussion violente. Un homme s'enfuit précipitamment dans l'obscurité.

Le lendemain, son compagnon officiel, découvre son corps sans vie, la gorge tranchée. Elle a été tuée de plusieurs coups de couteau. On retrouve une chemise d’homme marquée R.M. et un foulard. Royère qui dormait dans la chambre à coté n’a rien entendu.

Un suspect est vite repéré dans une auberge, au 9, Pont Saint Jean. Il se nomme Raymond Maigne. Il a 21 ans et est né à Castelnau de Chalosse, dans les Landes. Il est élève en pharmacie. Il est reconnu par un des voisins de la victime. Il porte plusieurs plaies sur le corps. Il nie d’abord puis raconte que le 21 mai, il a rencontré, au café de la Bourse, un jeune homme dont il dit ignorer le nom. Ils étaient partis ensemble au spectacle et avaient remarqué une femme dans la salle. Son ami lui avait dit qu'elle avait été sa maitresse à Marseille. Ils étaient partis tous les trois chez la femme Serviau. Après une heure de conversation, ils étaient dans le même lit. L'inconnu voulait punir la dame de lui avoir donné la vérole. Quand Maigne se réveilla, c'est un cadavre qui gisait à ses côtés.

Il est jugé le 20 juin 1810. Les témoins se succèdent pour délivrer des mauvais renseignements sur son compte. Sa version des faits parait peu crédible. Il se plaint, dès le début du procès, de ne pas avoir eu suffisamment de temps pour préparer sa défense. Le procureur général Buhan lui répond que " 12 jours est un délai bien suffisant ! ". Maigne est condamné à mort. L’Indicateur précise que "Raymond Maigne écouta la sentence avec ce sang froid et cette arrogance qui n’appartiennent qu’aux criminels". (3)

Il est exécuté le 26 juillet 1810, vers 15 heures, place d'Aquitaine (4). L’Indicateur ajoute qu"'autant il avait montré d’audace avant le jugement, autant il a montré de faiblesse après. Il était presque mort au moment du supplice".

Ce crime eut un grand retentissement à Bordeaux. Au point d'inspirer une complainte en vers de mirliton.

" Maignes sur l’échafaud
Déjà vers la sanglante place
Tout un peuple accourt, éperdu,
Plus d'espoir, grand Dieu ! Plus de grâce !
L'horrible fer est suspendu."

1) Archives départementales. Côte 2 U 848
2) Jean de Maupassant. " le crime de Raymond Maigne ".  Editions E.Taffard.1925 Bibliothèque de Bordeaux.
3) L'indicateur bordelais. 1810. Bibliothèque de Bordeaux.
4) Place de la victoire aujourd'hui


(02/2015)